Miscellanée de réflexions

Bernard-Henri Lévy remet le couvert

22 juillet 2009 | 1 commentaire

Ce soir même, dans la désastreuse [1] émission “Droit d’inventaire” , sur France 3 :

“On pouvait bombarder les chemins de fer menant aux camps [de concentration et d’extermination] dès 1942 [2] précédé du magnifique “En tant qu’enfant de la génération ayant suivi la seconde guerre mondiale, j’ai un autre [3] point de vue que les autres sur ce plateau [anciens résistants, déportés et historiens] qui confirme une fois de plus la sentence de Deleuze présente dans le précédent billet.

Il est facile de taper sur BHL, certes…disons que son intense présence médiatique me l’a fait écouter deux fois de trop dernièrement, et que ma résistance à la production de syllogismes en série est extrêmement limitée.

On notera aussi la prestation la plus pugnace jamais vue de Marie Drucker… malheureusement aux dépens de Raymond Aubrac [ “Vous regrettez ce qui s’est passé dans le Vercors ? Ne pouviez-vous pas faire plus ? “ et quelques autres du même acabit, comme si on était en 1946 ] puis d’une ancienne déportée tardive à Auschwitz [ “Vous en vouliez aux américains de n’avoir pas plus fait quand ils sont arrivés ? “ ] . J’ose espérer qu’un jour cette pugnacité s’exercera à propos de sujets politiques plus actuels.

[1] En particulier la réutilisation malvenue, du moins pour des reportages lourds sur la seconde guerre mondiale, du même générique de section – surdramatisant au possible – que “Faites entrer l’accusé” sur France 2.

[2] Certes, les premiers témoignages datent de 1942 ; certes, il eut été possible que le bombardement des rails menant à Auschwitz ralentisse temporairement le travail d’extermination ; et certes, les populations occidentales n’étaient pour le moins pas judéophiles. Toutefois, partir de ces trois faits, puis tirer comme conclusion que les américains seraient coupables moralement de ne pas avoir sauvé en priorité les juifs, c’est il me semble se poser comme le doigt vengeur de la justice historique et rétroactive – surtout dans un contexte aussi complexe que celui de la seconde guerre mondiale. Il semble que BHL se confonde maintenant avec la girouette désignant l’antisémitisme/la culpabilité passée d’antisémitisme conscient ou pas/le soupçon d’antisémitisme dissimulé – rayer la mention inutile.

[3] Et BHL appuie suffisamment cette emphase sur lui-même pour que l’on comprenne que bien évidemment, son point de vue est le Bon, le Vrai, le seul vraiment pertinent.

Un grand moment de philosophie médiatique

19 juillet 2009 | Pas de commentaire

Les deux penseurs modernes que prétendent être Bernard-Henri Lévy et Claude Askolovitch se sont rencontrés sous les auspices du Journal du Dimanche et de la dissection autopromotionnelle du Parti Socialiste (qui continue décidément de nourrir son homme) , l’instant d’une interview qui, n’en doutons pas, marquera la pensée philosophique occidentale. On pourra y noter ces sentences béhachèliennes si caractéristiques, marquées avant tout par la complexité de la pensée et le refus du jugement hâtif. Je vous laisse admirer en toute quiétude ce véritable feu d’artifice pour l’esprit – citation d’autorité inclue – que représente par exemple cette phrase sur ce que constitue la Gauche et l’élimination subséquente que doit subir le mot “socialiste”, après une question tellement fine de monsieur Askolovitch :

Juste le nom?

Le nom dit le reste. Mal nommer les choses, disait Camus, c’est ajouter à la misère du monde. Mieux les nommer c’est, à l’inverse, diminuer la confusion, renouer avec l’essentiel. Or c’est quoi, l’essentiel? Trois grands refus, qu’il faut penser ensemble, non contradictoirement, car ils sont l’identité même de la gauche. L’antifascisme. L’anticolonialisme. L’antitotalitarisme.

Plutôt que de faire de longs discours pour montrer l’idiotie absolue que constitue cette citation lapidaire, je me permettrai de citer Gilles Deleuze qui avait, déjà (en 1972 ! ), répondu en toute éternité à ces phares modernes de la philosophie médiatique. Que l’on apprécie ou pas le sieur Deleuze, il faut avouer que rarement réponse ne fut aussi définitive, abrupte et pourtant d’une justesse telle qu’elle se vérifie toujours plus de trente ans plus tard :

Que penses-tu des « nouveaux philosophes » ?

Rien. Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D’abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l’ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance, plus le sujet d’énonciation se donne de l’importance par rapport aux énoncés vides (« moi, en tant que lucide et courageux, je vous dis…, moi, en tant que soldat du Christ…, moi, de la génération perdue…, nous, en tant que nous avons fait mai 68…, en tant que nous ne nous laissons plus prendre aux semblants… »). Avec ces deux procédés, ils cassent le travail. Car ça fait déjà un certain temps que, dans toutes sortes de domaines, les gens travaillent pour éviter ces dangers-là. On essaie de former des concepts à articulation fine, ou très différenciée, pour échapper aux grosses notions dualistes. Et on essaie de dégager des fonctions créatrices qui ne passeraient plus par la fonction-auteur (en musique, en peinture, en audio-visuel, en cinéma, même en philosophie). Ce retour massif à un auteur ou à un sujet vide très vaniteux, et à des concepts sommaires stéréotypés, représente une force de réaction fâcheuse. C’est conforme à la réforme Haby : un sérieux allègement du « programme » de la philosophie.

Mise à jour :

Le champignacien n’a pu s’empêcher de relever une des ridicules erreurs qu’affectionne Bernard-Henri Lévy, dans un articulet intitulé “On refait l’histoire (version BHL) “ .

CGT et CFDT : un autisme proprement hallucinant

14 juin 2009 | Pas de commentaire

Hier avait lieu la énième “journée de mobilisation” de l’année décrétée par “l’union sacrée” syndicale. Comme on pouvait s’y attendre, ces rassemblements sont maintenant d’une faible ampleur. L’impression de syndicats qui refusent à tout prix la grève et interdisent à cette “union” la possibilité de peser politiquement est plus présente que jamais. La désaffection lors des “journées de mobilisation” est bien le symbole de leur magnifique échec, et les paroles de leurs dirigeants montrent que ces derniers se posent moins de questions que jamais.

Comme à l’habitude, les dirigeants des plus grosses centrales syndicales se sont exprimés abondamment dans les médias. Ils ont témoigné à cette occasion de leur flagrante incapacité à comprendre ce qui se passe chez ceux qui étaient venus aux premières manifestations nationales.

François Chérèque, pour la CFDT : “L’essentiel de cette journée, c’était de marquer le coup, de dire avant l’été, avant la rencontre avec le président de la République on doit aller plus loin, faire avancer les choses”

Voilà, François Chérèque est content, il a marqué le coup avant l’été. Pourtant, celui-ci n’a obtenu aucune concession générale de la part d’un gouvernement qui a intelligemment désamorcé les conflits dans les secteurs les plus “sensibles” . Rien depuis les piécettes accordées suite au 19 janvier. Quedalle. Ne doutons pas que Nicolas Sarkozy saura payer le patron de la CFDT de ses bons mots habituels lors de leur prochaine rencontre, et il aurait tort de s’en priver vu l’élimination préventive par Chérèque de l’idée même de grève, car les salariés le lui disent, à lui, que “ce n’est pas une grève qui règlera leurs problèmes” .

Bernard Thibault, pour la CGT : “C’est manifestement en dessous de nos attentes. C’est la cinquième initiative nationale, médiatiquement peu d’informations ont circulé et les centres d’intérêts étaient ailleurs. Il y a aussi le sentiment aussi que du côté syndical tout le monde ne parle plus d’une même voix, ce qui peut démobiliser.”

C’est presque mieux que la citation de Chérèque. Ainsi, c’est le manque d’unité qui serait la cause principale de la désaffection brutale des “journées de mobilisation” , sachant qu’en filigrane ce sont les syndicats partisans d’un durcissement d’un mouvement pour l’instant très mou – pour le moins – qui sont ici désignés. On retrouve là les paroles que la CGT de mai 68 n’aurait certainement pas reniées, elle qui déjà à l’époque crachait sur des étudiants et mouvements ouvriers désignés comme coupables de ne pas suivre les consignes et donc d’affaiblir le syndicalisme en le court-circuitant. C’est ce qu’on retrouve aujourd’hui, avec des syndicats désignés comme “peu solidaires” et risquant de mettre par terre tout ce bel édifice “unitaire” qui joue élégamment le rôle de cache-sexe de différences profondément politiques.

Pascale Robert-Diard ou le respect du sujet

13 juin 2009 | Pas de commentaire

A l’occasion du procès de Cécile Brossard pour le meurtre du banquier suisse Edouard Stern en 2004, on assiste depuis une semaine à une véritable débauche de sensationnalisme et d’exhibitionnisme journalistiques dans les médias francophones.

Pascale Robert-Diard, correspondante judiciaire au journal Le Monde, vient heureusement à la rescousse des lecteurs en publiant sur son excellent blog une série de cinq billets à propos de cette affaire fort médiatique. C’est un point de vue plus intimiste, mais paradoxalement plein de pudeur et de respect pour les protagonistes que la journaliste nous offre, et je vous invite à les lire si jamais vous vous étiez intéressé à ce fait médiatique : “Lever de rideau” ; “L’éternel mari” ; “Le “double meurtre” du banquier” ; “Cécile Brossard, la proie” et “Reconstitution du crime” .

En voici un extrait, à propos des témoignages (louangeurs au possible) des amis banquiers d’Edouard Stern :

“Mais, comment dire? De tous ces hommages univoques, sincèrement exprimés par des amis soucieux autant de défendre la mémoire d’un homme que de témoigner leur affection à son ex épouse, Béatrice Stern ou à sa fille Mathilde – présentes par intermittence à l’audience – il ne reste au bout du compte pas grand chose. Comme si, à vouloir trop bien faire, leurs mots lisses peinaient à émouvoir, dans cette enceinte, la cour d’assises, où rien n’est jamais tout noir ou tout blanc, tout bien ou tout mal, mais infiniment plus complexe.

Un lieu, justement, où un aréopage de banquiers ou de financiers peut défiler et parler de l’un des plus brillants d’entre eux, à moins d’un mètre du sac poubelle en plastique noir qui renferme la combinaison en latex dans laquelle il a été tué.”

L’aveuglement de CSP

6 juin 2009 | Pas de commentaire

C’était un mardi” , Comité de Salut Public, 6 juin 2009 :

“Même en sachant tout ça et plus encore, j’aurais, tout de même, aimé en être. [du débarquement de Normandie]

Et d’abord parce que, malgré tout, il y’avait bel et bien une lutte à mort contre la barbarie nazie, et il faut ici prendre en compte la spécificité du nazisme qui n’a pas été un fascisme “comme les autres”. Le XXème siècle a été tristement riche en génocides et massacres de toutes sortes, hélas oui. Néanmoins, rien sans doute n’a été plus “fou”, proprement délirant que le projet nazi, ce mélange d’asservissement absolu et d’extermination systématique, ce racisme politique à visée planétaire porté par des mythes de supériorité d’une seule race, et encore de quelque uns seulement de ses représentants sur tous, absolument tous les autres. Et face à ça, face à ce qui était bel et bien une barbarie totale, je ne vois pas ce qu’on aurait pu faire d’autre que la combattre.”

J’apprécie le blog CSP, toutefois il est toujours amusant de constater le manque total de recul historique qui le caractérise, ce qui crée un nombre invraisemblable de sentences toutes faites en accord avec ses préjugés. N’importe qui aurait pu écrire le passage ci-dessus, et pour un homme de droite il serait aisé de calquer ces mots sur le stalinisme, ce qui enlève immédiatement toute force à ce discours sur la “barbarie” absolue et inégalée du nazisme :

“Même en sachant tout ça et plus encore, j’aurais, tout de même, aimé en être. [de la lutte antistalininenne]

Et d’abord parce que, malgré tout, il y’avait bel et bien une lutte à mort contre la barbarie stalinienne, et il faut ici prendre en compte la spécificité du stalinisme qui n’a pas été un fascisme “comme les autres”. Le XXème siècle a été tristement riche en génocides et massacres de toutes sortes, hélas oui. Néanmoins, rien sans doute n’a été plus “fou”, proprement délirant que le projet stalinien, ce mélange d’asservissement absolu et d’extermination systématique, cet ostracisme politique à visée planétaire porté par des mythes de supériorité d’une seule classe, et encore de quelque uns seulement de ses représentants sur tous, absolument tous les autres. Et face à ça, face à ce qui était bel et bien une barbarie totale, je ne vois pas ce qu’on aurait pu faire d’autre que la combattre.”

Les sophistes auraient adoré notre époque…

Le Monde crée un widget embarquable pour les européennes

4 juin 2009 | 1 commentaire

Le journal Le Monde a eu une heureuse initiative, en créant un widget embarquable sur d’autres pages web pour les élections européennes. On y trouve pour le moment les scores électoraux de tous les pays et au niveau européen effectués en 2004, et celui-ci sera actualisé au soir de l’élection.

Presseurop : 56 titres de presse européens, 10 langues

3 juin 2009 | Pas de commentaire

Link: Presseurop : 56 titres de presse européens, 10 langues

Ce projet, initié par le journal français Courrier International, se veut un portail européen sur l’Europe et ses institutions. On y trouvera des articles sur ce thème de grands journaux européens, traduits en français comme dans neuf autres langues européennes. On n’osait plus attendre une telle initiative de la part des grands médias européens…

[Complément : liste des sources participant à Presseurop]

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