Miscellanée de réflexions

Un délicieux canard laquais, de Jean-Yves Viollier

14 janvier 2014 | 2 commentaires

 

2014-01 - Canard laquais

 

Anarchique dans son fonctionnement, parfois complaisant avec ses meilleurs informateurs, complètement oligarchique. Voilà ce qui ressort de cet ouvrage publié en 2013 et écrit par Jean-Yves Viollier, journaliste puis patron de l’édition de 1997 à 2012 au Canard Enchaîné, après une longue carrière à L’Equipe. La hiérarchie de « L’Exemplaire », comme se voit renommé le volatile, se fait littéralement essorer. Ce pamphlet déguisé en « roman satirique », qui moque également bien des travers des rédactions et de la presse nationale, aurait mérité une large publicité, et non le silence médiatique presque total qui a accompagné sa sortie.

 

Il n’est rien de plus dangereux qu’un journaliste en fin de carrière. Les noms, bien que tous modifiés et parfois des mélanges de plusieurs personnes, ne résisteront pas longtemps aux habitués du cénacle journalistico-politique parisien. De son embauche au début des années 2000 à son départ volontaire à la fin de la même décennie, nous suivrons la nouvelle recrue dans sa découverte hallucinée du fonctionnement de son nouvel employeur. Jusqu’à la rupture finale face au comportement de sa hiérarchie, choquant pour le syndicaliste qu’il fut autrefois et le journaliste qu’il tenait à rester.

 

La charge est lourde, mais reste toujours drôle, et se montre plutôt convaincante. D’une gestion du personnel pour le moins fantasque et douteuse, pas rare dans les rédactions, à la formidable entreprise de séduction à laquelle s’est attelée Nicolas Sarkozy pour devenir Président de la République, petit aperçu d’un ouvrage qui fera date.

 

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Le Vrai Canard, de Karl Laske et Laurent Valdiguié

26 septembre 2012 | Pas de commentaire

 

 

Voilà un livre qui, à sa sortie en 2009, avait provoqué la polémique dans le monde médiatique français, entre autres car il y était affirmé que la page deux, celle de la fameuse Mare aux canards, était influencée, et favorable, à Nicolas Sarkozy. Une polémique qui, aujourd’hui, est éteinte depuis longtemps : l’occasion de chroniquer un livre qui n’a pas perdu de son intérêt trois ans plus tard, et qui est maintenant disponible en version poche à un prix modique.

 

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Économie des politiques publiques, sous la direction d’Antoine Bozio et de Julien Grenet

26 septembre 2012 | Pas de commentaire

 

 

Ce livre a été publié en 2010 aux éditions La Découverte, il est écrit par les auteurs du blog Ecopublix, tous chercheurs en économie. Il a déjà été recommandé (chaudement) dans une note de lecture sur le blog éconoclastes. Cet ouvrage d’une centaine de pages s’attarde à faire découvrir une facette de l’action économique de l’état, en laissant de côté les fonctions budgétaire et monétaire. Cette facette, appelée « économie publique », est représentée dans le livre par la fiscalité, la régulation des marchés, les dépenses publiques, la redistribution, et enfin l’évaluation de ces politiques.

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[01-2010] La civilisation de l’Occident médiéval, de Jacques Le Goff

22 juin 2011 | Pas de commentaire

Je débute ce billet par une recommandation, celle d’aller lire l’article du Webzine de l’histoire qui effectue une description érudite chapitre par chapitre du livre de Jacques Le Goff, article qui m’aura moi-même judicieusement poussé à vouloir lire cette somme sur un temps de l’histoire européenne finalement pas si bien connu que cela. Ceci étant dit, allons voir ce que contient cet opus récemment réédité par Flammarion à un prix fort modique.

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[07-2009] Vie et destin, de Vassili Grossman

22 juin 2011 | Pas de commentaire

Cet ouvrage a connu une destinée très particulière, à la mesure de sa force serait-on tenté d’écrire. Élaboré au tout début des années soixante en Russie soviétique par le romancier et héros de l’Union Soviétique Vassili Grossman, « Vie et destin » connût le triste privilège d’être non seulement censuré, mais aussi de disparaître de la surface de la Terre pendant une vingtaine d’années.

Le manuscrit de ce roman n’apparut – en Suisse – qu’au début des années quatre-vingts, grâce au concours d’illustres dissidents soviétiques comme le physicien Sakharov, et fut publié à partir de deux versions – toutes deux incomplètes – du manuscrit .

Dès sa première publication, « Vie et destin » s’est détachée comme une oeuvre magistrale, véritable fresque de la société soviétique sous Staline ainsi que de son évolution depuis la Révolution Russe, le roman prenant comme cadre temporel les quelques mois de combats défensifs acharnés puis la contre-offensive soviétique autour du point de basculement européen que représenta dans le second conflit mondial la bataille de Stalingrad .


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[06-2009] L’insurrection qui vient, du Comité Invisible [2/2]

21 juin 2011 | Pas de commentaire

Article précédent, que je recommande de lire à ceux qui arrivent sur cette page par les moteurs de recherche : L’insurrection qui vient, du Comité Invisible [1/2] [12 mai 2009]


Dans le précédent article, nous avions regardé de près la première partie de « L’insurrection qui vient » , qui en sept cercles se voulait faire l’analyse de la « civilisation occidentale » : celle-ci, selon le ou les auteurs, est « cliniquement morte » . Dès lors, seuls deux choix subsistent  : être au sein d’un systême « zombie » ou sortir dudit système. Être mort ou vivant, en fait. À partir de là se développe une seconde partie, subdivisée en quatre sections et consacrée tant au processus d’accélération d’une chute civilisationnelle jugée inéluctable qu’à la gestion des futures « communes » qui émergent et émergeront de notre lente désagrégation.

De la même manière que pour l’analyse de la première partie de ‘L’insurrection qui vient » , nous allons partir du point de vue du ou des auteurs, sans préjugés : actons la mort de notre civilisation. Préjugeons nous acteurs et sortons du systême social de masse qui nous régit actuellement – comme des systêmes sociaux de masse tout court – pour voir ce qui nous est proposé afin de ne pas refaire les erreurs du XXème siècle. Enfin, pour parachever le tout, supposons audacieusement que l’immense majorité des « citoyens en lutte » refuse elle aussi, et de manière quasiment consciente, les systêmes sociaux de masse, nous faisant ainsi passer de minorité à majorité encore silencieuse .

En termes de style, cette seconde partie est quelque peu différente de la partie analytique : elle est notamment débarassée de toute référence psychologisante, et possède un aspect aussi technique que théorique. De ce fait, sa lecture est extrêmement facile, bien plus accessible. Il semble que ce soit cette partie de « L’insurrection qui vient » qui fut retenue par beaucoup de journalistes pour leurs articles, car celle-ci s’apparente effectivement au manuel de groupe insurrectionnel, sous l’aspect de destruction comme sous l’aspect de construction. Cette brièveté et cette grande concision  , toutefois, desservent le propos tant celui-ci en devient parfois lapidaire, d’autant plus que le ou les auteurs sont ici dans la prospective et non plus dans l’analyse. On retrouve d’une manière généralisée la pratique de la prospective historicisée – justifier le futur en s’appuyant sur une sélection partielle de faits déjà avenus – entrevue dans la partie analytique, et l’empilement de micro-évènements montre plus qu’autre chose les faiblesses éventuelles du raisonnement.

De la même manière que dans le précédent billet, quelques précisions : je fais ici une lecture commentée, aussi nous allons suivre ensemble le texte dans sa chronologie, du moins les – nombreux – extraits sélectionnés. Ces derniers sont ceux qui m’ont semblé les plus signifiants. Nous allons voir ce qu’elle vaut, leur insurrection  .

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[06-2009] L’insurrection qui vient, du Comité Invisible [1/2]

8 juin 2011 | Pas de commentaire

 

Ce petit livre, publié aux éditions La Fabrique , défraie la chronique depuis l’arrestation des « anarcho-autonomes de Tarnac » il y a déjà plusieurs mois . Il s’avère qu’après une longue instruction, tenue secrète pour motif d’antiterrorisme, cet opuscule reste ce qui incrimine le plus solidement Julien Coupat quand à ses velléités « terroristes ». Ce dernier est désigné comme l’instigateur des actes et intentions – qui figureraient dans « L’insurrection qui vient » dont il serait l’auteur – qu’on impute au « groupe de Tarnac » , soit le sabotage d’une ligne SNCF en vue de désorganiser l’état.

Le blogueur narvic s’est attaché à analyser le contenu politique du livre dans un article fort érudit sur le sujet, aussi ne comptant pas répéter ce qui a déjà été écrit, je me propose ici d’effectuer une lecture sélectionnée des passages les plus frappants. Je vais développer ma vision, forcément très subjective, d’un livre qui a été réduit par la presse à l’amoncellement maladroit de présupposés idéologiques, et même le plus souvent à un simple manuel de l’anarchie ou de l’insurrection. Or il me semble que nous avons ici affaire à bien plus que ça, et que loin d’être superficiels, ces écrits font résonner des références inattendues.

Cette lecture sera, comme pour le livre, divisée en deux parties clairement désignées : nous survolerons ici l’introduction ainsi que les « sept cercles » qui se veulent autant de niveaux d’analyse de notre situation présente et future, ceux-ci devant nous amener « naturellement » à la seule conclusion qui s’impose – et qui sera à son tour détaillée dans une seconde partie dont je m’occuperai plus tard.

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[05-2008] Essai de l’encyclopédie Britannica sur internet

8 juin 2011 | 1 commentaire

Je vous avais parlé la semaine dernière de l’offre de l’encyclopédiste anglophone Britannica, permettant à tout possesseur de site ou de blog d’obtenir après demande la gratuité totale du contenu en ligne, mais aussi de partager les articles avec ses lecteurs. L’encyclopédie en ligne Wikipedia est clairement ici en ligne de mire, Britannica voulant montrer au plus grand nombre sa supériorité, permettant de gagner des abonnés – 7.50€ par mois tout de même – sans parler de la publicité gratuite faite par lesdits blogueurs. La condition étant claire : Britannica se revendique comme très supérieure à Wikipedia, mettant en avant l’argument de la spécialisation de ses rédacteurs parfois prix Nobel.

Cet essai est totalement non exhaustif, j’ai regardé les articles correspondant au billet que je compte faire après celui-ci sur Britannica et Wikipedia – versions françaises et anglaises de cette dernière – , ainsi que l’article France pour estimer la fiabilité des infos que je connais à priori le mieux.

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[04-2008] Les Bienveillantes, de Jonathan Littell

31 mai 2011 | Pas de commentaire


On commencera ce billet par un avertissement et une anecdote : les critiques, qui ont par ailleurs encensé le livre – pour une fois que je suis d’accord avec eux – , ont tous prévenu à sa sortie : « c’est un très gros livre, attention ne l’offrez pas juste parce que c’est le Goncourt. » Du coup, il s’est vendu à 700 000 exemplaires – oui oui, tant que ça – et j’ai pu l’acheter d’occasion à Gibert – y’en a des rangées entières à l’état neuf – pour un prix raisonnable. En effet, c’est un gros livre, il tape ses 900 pages, mais c’est surtout un livre complexe, bourré de noms, de lieux, de grades et de réflexions philosophiques et oniriques. Ce n’est pas un Tom Clancy, quoi, mis à part le nombre de pages. Donc effectivement, ne l’achetez pas si vous avez tendance à ne aimer les livres trop touffus, ou si vous n’aurez pas le loisir de prendre le temps pour le lire. Cela serait une perte sèche d’argent.

Mais si vous avez le temps, vous allez vivre une sacrée expérience ! En effet, Maximilien Aue, le narrateur, nous emmène de sa jeunesse en 1938 jusqu’à la chute de Berlin en 1945 à travers une fresque historique monumentale, tout en jouant le rôle virtuel d’un négatif de cette époque à travers son histoire personnelle et intime ou ses réflexions philosophiques.

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La paix des profondeurs, d’Aldous Huxley

21 décembre 2009 | Pas de commentaire

Question : comment combiner la croyance que le monde est dans une large mesure illusoire avec la croyance qu’il n’en est pas moins essentiel d’améliorer l’illusion ?

Aldous Huxley,

La paix des profondeurs ( “Eyeless in Gaza” en VO)

Aldous Huxley, génie déprécié et encore largement incompris, nous donne à lire cette pertinente sentence dans son livre le plus autobiographique (tellement, à vrai dire, que nombre de ses proches lui en voulurent) . En effet, lorsqu’on “sort” de l’illusion de Réalité, que l’on s’aperçoit qu’il existe autant de Réalités et de Vérités que de locuteurs (et qu’il est impossible de les départager dans l’immense majorité des cas, les sciences humaines étant ce qu’elles sont) , le défaitisme anticipateur n’est pas loin. Pourtant, même s’il semble alors vain de vouloir “changer le monde” ou même plus simplement les perceptions de nos contemporains, la croyance en la possibilité de sortir l’espèce de l’illusion est capitale ; car même si ce ne serait que pour convaincre une seule personne tout au long de sa vie, cet accomplissement (si faible soit-il) rendrait à cette vie la peine d’être vécue.

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