Miscellanée de réflexions

Le FMI et les pays baltes

16 juin 2009 | Pas de commentaire

Voilà comment c’est en train de se dérouler. La Lettonie se fait emmurer pendant quelques mois via quelques milliards de prêts du FMI et de l’Union Européenne. En résultat, les pays baltes deviennent l’histoire d’hier – en attendant qu’ils reviennent sur le devant de la scène, bien sûr. Et nous avançons, comme je le craignais plus ou moins, et il est temps de se pencher à nouveau sur le Sud de l’Europe (pendant que l’Europe de l’Est se détériore suffisamment pour revenir à la une des journaux) . Je pense que les gens ne peuvent intégrer dans leurs têtes qu’un nombre limité de nouvelles.

Le systême tout entier de l’Union Européenne semble être en état de déni profond quand à ce qu’il se passe actuellement. Les marchés ont été concentrés sur l’Est, mais ils commencent maintenant à se réveiller à propos du fait que le Sud soit toujours là, et qu’en “maturant” cela donnera pour sûr une crise financière majeure. A ce point, les gouvernement grecs et espagnols vont réellement perdre le contrôle, à l’image de ceux de la Lettonie et de la Hongrie.

C’est une des raisons qui me font suivre la Lettonie de près. Ce qui se produit à l’Est est indubitablement un “essai à vide” pour ce qui va arriver au Sud. Toutes les mesures prises là-bas, de “l’austérité fiscale” comme un outil de relance, à la “dévaluation interne” par les déflations des prix et des salaires, sont au seuil d’être appliquées au Sud dans le but de restaurer la compétitivité des exportations et la croissance économique.

[…]

Les investisseurs sont clairement en train de se rappeler que la Grèce et l’Espagne existent toujours. Je suppose que nous allons maintenant voir la crise zigzaguer au-dessus de l’Europe, du Sud vers l’Est puis inversement, pendant que l’économie réelle allemande, située au milieu, recevra des coups à chaque fois.

Au même moment, à Berlin et Francfort, ils semblent être pour l’instant principalement inquiets du niveau du déficit américain. Il est étonnant de voir ce qui fait réagir les gens.

“Banking Problems In Europe Send The Whole World Running For Cover” ,

Edward Hugh sur A Fistful of Euros, 16 juin 2009

On retrouve dans cet article les problèmes économiques et financiers européens qui, bien qu’on n’en parle que (trop) peu, n’en ont pour autant pas disparu. Ainsi, les prêts du FMI à des pays baltes pourtant déjà très libéraux économiquement (selon des critères français) posaient par exemple comme conditions des licenciements massif ainsi qu’une réduction de plus de 40 % des salaires dans les emplois publics, accélérant drastiquement la déflation. On constate ainsi de manière tout à fait palpable comment les politiques conditionnées aux prêts du FMI purent se révéler dévastatrices dans nombre de pays ayant accepté cette “aide” …

L’Espagne et la Grêce continuent de voir tous leurs indicateurs exploser, avec notamment un taux de chômage autour de 15 % pour l’Espagne, et attirent à nouveau l’oeil des marchés. Marchés dont on se demande s’ils ne vont pas brutalement redescendre sur terre après les formidables offensives médiatiques menées ces derniers mois pour “réinstaurer la confiance” .

Nos élites politiques, elles, continuent tranquillement de ne rien voir. L’Allemagne refuse la nécessité criante de solidarité européenne depuis des mois, notamment d’aider sans conditions les pays de l’Est (et leur donner un peu plus que des piécettes et la “gouvernance” du FMI) ainsi que de permettre l’émission de bons par la BCE afin de soulager les pays de la zone euro (certes à ses dépens) . La France, elle, se repose sur son plan de relance et sur des banques qui arrivent pour l’instant assez habilement à ne pas se trouver sous le feu du doute (à l’inverse des banques allemandes, notamment) ; mais n’arrive ni à faire entendre raison à l’Allemagne ni à mettre en pratique d’une quelconque manière les dizaines de grands engagements (sur les paradis fiscaux, les salaires, les bonus, le double jeu des banques, la régulation, et j’en passe) pris par notre hyperactif président sur les scènes nationale comme internationale.

Point sur l’économie chinoise

13 juin 2009 | Pas de commentaire

Le déclin [ndt : des exportations chinoises] est le plus fort depuis que Bloomberg enregistre ces statistiques – 1995. […] les importations ont chuté de 25.2 % le mois dernier, en comparaison de la chute 23 % en avril. En sus, la Chine continue d’augmenter les bénéfices de sa balance commerciale (de 13.1 milliards de $ en avril à 13.4 milliards en mai) ; et il n’est pas plus clair pour moi que pour Brad [ndt : un autre économiste] de comprendre comment un pays ayant une balance commerciale positive peut être en train de lancer une poussée de la demande mondiale. D’ailleurs, les statistiques de ce mois de mai, loin d’apporter la preuve d’une accélération du “rétablissement” , continuent de montrer la croissance des faiblesses de la demande mondiale, j’en veux pour preuve ce qui provient d’Allemagne et du Japon.

Bien sûr, ces sont des chiffres d’une année sur l’autre. De mois à mois, les exportations semblent s’être stabilisées depuis le début de l’année, tandis que les importations sont indubitablement en hausse.

[…]

Ce qui compte n’est pas le fait que les importations augmentent, mais de savoir ce que sont exactement ces importations. Il y a des preuves substantielles montrant que la Chine est seulement en train d’accumuler des matières premières comme protection contre une future inflation. Ci cette image est correcte, alors la situation est intenable, comme l’est la hausse des prix et des indices des matières premières qui l’a accompagnée.

[…]

D’un autre côté, il y a eu en mai 38.7 % d’augmentation des investissements fixes (investissements immobiliers notamment) d’une année sur l’autre.

[…]

En fait, le volume des appartements vides dans le pays a atteint 91 millions de mètres carrés à la fin de l’année dernière, en hausse de 32.3 % par rapport à l’année d’avant selon les statistiques officielles. Mais ces nombres n’incluent ni les gros volumes de projets immobiliers terminés mais dont les propriétaires attendent que les conditions du marché s’améliorent avant de les y mettre, ni l’estimation de 587 millions de mètres carrés vendus ces cinq dernières années mais laissées vides par leurs propriétaires.

“Brad Setser Need Be Curious No Longer” ,

Edward Hugh sur A Fistful of Euros, 11 juin 2009

On entend ici ou , dans la lignée des “jeunes pousses” qui annonceraient la relance et un certain retour à la normale de l’économie mondiale, que la Chine montrerait des signes clairs en faveur d’un redressement de son économie (mais aussi de l’économie mondiale) grâce à la forte hausse de sa demande intérieure.

L’auteur apporte un cinglant démenti à cette vision, en répondant au passage à des confrères économistes qui exposent précisément certaines facettes des soi-disant relances régionale et mondiale de la demande par la Chine. Je recommande aux curieux d’aller lire ce billet sur Macro Man intitulé “The China Syndrome” , et qui montre graphiques des importations de matières premières à l’appui pourquoi il semble évident que la forte hausse enregistrée de la demande chinoise ne répond à aucune logique de consommation mais plutôt à du stockage de masse (en prévision de l’inflation selon Edward Hugh) . Il montre également que le boom immobilier chinois est lui aussi largement artificiel, notamment en citant directement des sources chinoises qui témoignent de l’ampleur de ce phénomène de bulle en éclatement à propos du marché immobilier de leur pays.

Pour ce qui est de la demande mondiale, les dernières statistiques sur l’Allemagne et le Japon (soit avec la Chine les trois grands pays exportateurs mondiaux de biens) sont, comme il est écrit dans la citation, toujours aussi mauvaises, ce qu’avait pointé l’auteur dans ces deux billets il y a quelques jours : “Green Shoots In Germany and Estonia ? ” le 9 juin ; et “No “Green Shoots” Here – German And Japanese Capital Goods Output Continues Its Fall” le 10 juin.

Gorbatchev et la crise financière

9 juin 2009 | Pas de commentaire

Au début, nous travaillions dans l’illusion qu’il suffirait de réformer le systême existant – des changements à l’intérieur du “modèle socialiste” . Mais l’opposition en provenance du Parti Communiste et de la bureaucratie gouvernementale était trop forte. Vers la fin de l’année 1986, il devint évident pour mes soutiens et moi-même qu’il fallait rien moins que le remplacement des fondations du systême.

Nous avons opté pour des élections libres, le pluralisme politique, la liberté religieuse, et une économie de compétition et de propriété privée. Nous avons cherché à effectuer ces changements par une voie évolutionnaire et sans bain de sang. Nous avons fait des erreurs. D’importantes décisions furent prises trop tard, et nous fûmes incapables de terminer notre perestroika.

[…]

A l’Ouest, l’éclatement de l’Union Soviétique fut considéré comme une victoire complète, qui prouvait que l’Ouest n’avait pas besoin de changer. Les dirigeants occidentaux étaient persuadés qu’ils étaient à la barre du bon systême et d’un modèle économique presque parfait dans son fonctionnement. Le “Consensus de Washington” , soit les dogmes des marchés libres, de la dérégulation et des budgets à l’équilibre, fut imposé au reste du monde.

Mais alors vint la crise économique de 2008 et 2009, et il devint clair que le nouveau modèle Occidental était une illusion qui bénéficiait principalement aux très riches. Les statistiques montrent que les pauvres et les classes moyennes ne tirèrent peu ou pas de bénéfices de la croissance économique des dernières décennies.

La crise globale actuelle démontre que les dirigeants des grandes puissances, particulièrement les Etats-Unis, n’ont pas vu les signaux appelant à une perestroika. Le résultat en est une crise qui n’est pas que financière et économique. Elle est également politique.

“We Had Our Perestroika. It’s High Time for Yours.” ,
Mikhail Gorbatchev dans The Washington Post, 7 juin 2009

[Mise à jour : traduction intégrale sur Contre-Info]

Dans cette longue tribune, l’acteur principal de l’explosion du systême communiste soviétique compare sans aménité la situation de l’URSS dans les années 80 et la situation mondiale actuelle, pour appeler à une perestroika des régimes occidentaux. Je vous en livre la conclusion, qui pointe avec une grande acuité l’aveuglement total (et éminemment psychologique) des élites :

“Aussi différents que soient les problèmes auxquels l’Union Soviétique fut confrontée durant notre perestroika et les défis attendant aujourd’hui les Etats-Unis, le besoin de nouvelles idées rapproche ces deux périodes. En notre temps, nous faisions face aux tâches principales qu’étaient la fin de la division du monde, la réduction de la course aux armements nucléaires et le désamorçage des conflits. Nous pourrons aussi bien faire face aux nouveaux défis globaux, mais seulement si tout le monde comprend le besoin de changements réels et cardinaux – pour une perestroika globale”

 

On pourra également lire avec intérêt, au sujet de cette tribune du 7 juin, l’article de Dedefensa “Echo du passé recommencé” , qui s’attarde plus particulièrement sur la perestroika telle qu’elle est considérée par Gorbatchev, et sur le fait que ce dernier attribue étonnamment (et de manière erronée) un rôle excessivement mineur à la glasnost qui l’avait pourtant précédée.

A propos des monnaies libres

6 juin 2009 | Pas de commentaire

Au Monopoly tout le monde commence à égalité. Puis, peu à peu, des déséquilibres s’introduisent. Si la banque décidait de faire payer la monnaie, avec taux d’intérêt, les déséquilibres s’accroîtraient encore plus vite, parce que, mathématiquement, l’intérêt évolue de façon exponentielle. Aujourd’hui, 95 % de la monnaie mondiale est payante. En moyenne, quand vous achetez un objet, le cumul des intérêts constitue 50% de son prix. Cette architecture fait que la moindre inégalité s’amplifie très vite : plus vous êtes riche, plus vous avez tendance à vous enrichir, plus vous êtes pauvre, plus vous avez tendance à vous appauvrir. Il y a un phénomène d’auto-attraction de la monnaie, quasiment comme la matière dans le cosmos. On parle de « loi de condensation », avec des boucles en feedback positif ou négatif.

“Open Money : bientôt chacun créera sa propre monnaie”,
entretien avec Jean-François Noubel, revue Nouvelles Clés

Très intéressant entretien avec un promoteur de l’Open Money comme systême de création monétaire. Le passage ci-dessus montre assez bien comment l’architecture intrinsèque du capitalisme libéral exerce inévitablement une pression ingérable pour un grand nombre de ses acteurs, et finit par se cannibaliser lorsqu’il a atteint ses limites physiques.

[via ” “Open Money”, la monnaie du futur ? “ , sur Eco(dé)mystificateur]

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