Miscellanée de réflexions

Économie des politiques publiques, sous la direction d’Antoine Bozio et de Julien Grenet

26 septembre 2012 | Pas de commentaire

 

 

Ce livre a été publié en 2010 aux éditions La Découverte, il est écrit par les auteurs du blog Ecopublix, tous chercheurs en économie. Il a déjà été recommandé (chaudement) dans une note de lecture sur le blog éconoclastes. Cet ouvrage d’une centaine de pages s’attarde à faire découvrir une facette de l’action économique de l’état, en laissant de côté les fonctions budgétaire et monétaire. Cette facette, appelée « économie publique », est représentée dans le livre par la fiscalité, la régulation des marchés, les dépenses publiques, la redistribution, et enfin l’évaluation de ces politiques.

Les auteurs réussissent le double exploit, tant pour un livre d’économie que pour des auteurs chercheurs en économie, de ne pas assommer le lecteur. On n’y trouvera point d’équations (ou presque), et aucun prérequis en économie n’est nécessaire, sinon une culture générale correcte et un intérêt pour le domaine en question. Les notions plus complexes sont d’ailleurs très correctement expliquées par les auteurs dans des encadrés présentant des exemples concrets.

 

Ne nous y trompons pas cependant : ce livre s’inscrit dans le contexte du système économique actuel. Les marchés remplissent une fonction indispensable à l’économie d’un pays, et il n’est pas évoqué la possibilité d’un autre modèle de fonctionnement. Les auteurs du livre semblent inscrire leur préférence dans le cadre d’une économie mixte, même si l’ensemble des politiques publiques possibles au sein d’un système capitaliste est abordée, des États-Unis à la Suède.

 

Ceci étant dit, l’honnêteté intellectuelle semble avoir dirigé la rédaction de ce petit ouvrage. Les auteurs présentent systématiquement les différentes opinions au sein de la communauté des économistes. Ils s’appuient également sans modération sur les travaux de recherche en économie pour appuyer leurs propos, avec une nette préférence pour les travaux empiriques1.

 

Les auteurs ne s’attachent, à aucun moment dans le livre, à juger les politiques publiques autrement que par le résultat désiré. On n’y trouvera donc nul jugement de valeur quant aux objectifs politiques décidés ici ou là, ou quant aux actions des différents agents économiques. Seulement une description détaillée des moyens qui sont à la disposition de la puissance publique, et de l’état actuel de la recherche en économie2.

 

Quelle est la conclusion que l’on peut tirer à la lecture de ce petit ouvrage de vulgarisation ? Et bien, que l’économie des politiques publiques, c’est affreusement complexe et quasiment in-évaluable :

 

  • Complexe parce qu’une réforme en vue d’un résultat donné résulte souvent par l’absence de résultat, voire un résultat inverse à l’objectif espéré. Et si le résultat est obtenu à la suite de la réforme, il est fréquemment impossible de prouver un rapport de causalité entre cette dernière et le résultat obtenu : ce qui ne garantit pas un succès futur, corrélation n’étant pas causalité3.

 

  • In-évaluable le plus souvent, parce que l’expérimentation en sciences économiques est quasiment impossible à grande échelle, et encore plus dans le cadre de politiques publiques4. Pour reprendre l’exemple donné dans le livre : allez expliquer à votre collègue de bureau que votre impôt sur le revenu est inférieur de 20 % au sien à salaire égal, parce que vous avez eu un meilleur tirage au sort dans le cadre d’une expérimentation sur les niveaux acceptables d’imposition…

 

En bref, pour un peu moins de dix euros, Antoine Bozio et Julien Grenet permettent à un lecteur non-économiste de comprendre assez finement les différentes possibilités qu’a un État pour assurer la redistribution et l’allocation des richesses (en excluant la politique monétaire), mais aussi la difficulté intrinsèque de déterminer quelle politique aboutira au résultat voulu. Et c’est déjà beaucoup pour un livre de cette taille, même si un acheteur en quête de solutions de consensus sortira globalement déçu de sa lecture.

 

Une seule des propositions et réformes présentées par « L’économie des politiques publiques » semble faire consensus au sein de la communauté des chercheurs en économie. Il est d’ailleurs répété par les auteurs à plusieurs reprises dans le livre, et pour des situations très diverses : les niches fiscales sont une aberration, qui coûtent cher et qui accentuent les inégalités, pour un résultat encore moins évaluable que pour le reste des politiques fiscales et de redistribution. Il semble que le message n’ait pas encore été reçu clairement par la classe politique française. Il est vrai que la niche fiscale a souvent un attrait politique puissant, relatif au clientélisme électoral…

 

 

NOTES
  1. Une préférence certes facilitée par l’absence des politiques monétaires dans l’ouvrage. Cela nous évite les diverses théories macroéconomiques, toutes plus complexes les unes que les autres, et le plus souvent incompréhensibles au commun des mortels. []
  2. Je n’ai relevé qu’un moment de faiblesse : l’affirmation que le blocage des loyers est forcément négatif car il diminue la construction neuve, sans citation d’étude empirique, ni l’examen de la possibilité que la puissance publique prenne directement en charge le déficit constructif qui pourrait résulter. []
  3. Un exemple français typique serait l’expérimentation à l’échelle d’un département, qui échoue lorsqu’on la met en œuvre nationalement. []
  4. Ce qui rejoint le constat fait dans nombre de sciences dites « sociales » : elles ne sont pas des sciences au sens poppérien du terme, car les propositions et hypothèses sont souvent infalsifiables par l’expérimentation. []

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