Miscellanée de réflexions

Effondrement, de Jared Diamond

24 juin 2011 | 4 commentaires

Fort peu de livres ont une ambition aussi forte que celui dont nous allons parler ici, et encore moins arrivent à leur objectif, à savoir nous bousculer sans nous faire peur – bon : un peu quand même –  , et nous encourager au changement sans émettre d’oukases qui font de vous une mauvaise personne en cas de leur non-respect. En particulier lorsqu’on touche à un sujet aussi polémique que la protection de l’environnement, plus précisément dans le cadre de la survie de notre civilisation actuelle, le sous-titre étant à cet égard sans ambiguïté : « Comment les sociétés choisissent d’échouer ou de réussir » . Le livre a 6 ans mais n’a pas pris une ride depuis son écriture.



 

DES SOURCES ENTRE HISTOIRE, BIOLOGIE ET CHIMIE


Jared Diamond a un parcours d’auteur quelque peu hors du commun : de formation scientifique, biochimiste et chercheur en biologie pendant 45 ans, auteur de nombreux articles publiés dans de prestigieuses revues, celui-ci est employé aujourd’hui comme géographe à l’université de Los Angeles, et écrit des livres entre journalisme et académisme, portés sur l’histoire et les temps longs1.

Ayant été personnellement touché par les dégradations environnementales, de par son attachement à l’Etat du Montana, réputé tant pour sa nature splendide que pour son secteur minier anciennement très puissant et dont les conséquences se font toujours aujourd’hui sentir, il décida d’explorer sous de multiples angles les relations entre l’homme, son environnement, et la réussite ou non des civilisations humaines qu’il attribue en grande partie aux dites relations, en particulier grâce aux apports des plus récentes publications d’historiens, ces dernières permettant une représentation la plus fidèle possible des peuples et secteurs géographiques qu’il choisit d’étudier.

Et c’est précisément ce qui apporte toute sa crédibilité au livre : les éléments historiques dont se sert Diamond pour organiser les évènements ayant touché les peuples étudiés appartiennent au moins autant au champ des sciences dites « dures » qu’à celui des sciences sociales. Car si l’étude des récits laissés par ces civilisations et les ouvrages d’historiens « classiques » apporte beaucoup, seuls des éléments infalsifiables permettent les certitudes. Ici, les analyses s’appuient sur des études dendrochronologiques2, palynologiques3, études paléoenvironnementales comme celle des déchets laissés par les populations4, la paléoclimatologie qui permet dans les bonnes circonstances de déterminer avec précision les changements climatiques qui se produisent – souvent à l’année ou la saison près –  , et d’autres encore5, qui ont l’immense mérite d’être souvent exhaustives concernant la population ou le lieu considérés. A l’instar de Jared Diamond, j’ai une pensée pour ces scientifiques qui passent au crible des centaines de couches géologiques et archéologiques de détritus ou de pollens, pour recenser précisément des dizaines de milliers d’éléments au microscope, permettant de voir évoluer avec un degré de certitude élevé des habitudes culturelles, des évènements climatiques ou des environnements végétaux et animaux.

Pour cela, il prendra des exemples d’échecs civilisationnels historiques, du moins au plus complexe des effondrements sociétaux, dus à un ou plusieurs facteurs directement identifiables. Des facteurs qui, pour Jared Diamond, sont au nombre de cinq, essentiels dans le succès ou non de l’humain dans un environnement donné : les dommages environnementaux et la résilience de l’environnement considéré, les changements climatiques, l’hostilité du voisinage, l’aide des partenaires commerciaux, et les réponses sociétales aux problèmes environnementaux6. Il examinera dans le même temps des exemples, bons comme mauvais au regard de ces facteurs, dans les sociétés modernes.

Les flemmards et les curieux pourront regarder la vidéo ci-dessous, en provenance d’une conférence TED de 2003, où l’auteur narre par le menu bon nombre des thèmes qui apparaîtront plus tard dans « Effondrement »7. Le tout dure une vingtaine de minutes et est sous-titré en français :

 

 


 

LES SOCIÉTÉS PASSÉES FORT LOIN DE LEUR IMAGE D’ÉPINAL


On découvrira d’abord à quel point les civilisations passées furent proches de celle d’aujourd’hui, tant dans leur approche de l’environnement8 que dans leur aveuglement vis-à-vis d’une chute brutale et proche. Ainsi, un des points majeurs du livre est de nous montrer qu’un effondrement civilisationnel pour causes environnementales se produit presque toujours peu après l’apogée de ladite civilisation, à un moment inconcevable pour ses habitants… ce qui entre particulièrement en résonance avec l’humanité triomphante d’aujourd’hui.

L'île de Pâques, sans arbres. | Source : Phillie Casablanca

L’exemple traité par Diamond finalement le plus proche de l’humanité actuelle, formant une unique civilisation sur une planète complètement isolée, est également celui qui implique le moins de facteurs, et est peut-être le plus connu des effondrements : celui de la civilisation de l’Ile de Pâques et ses statues géantes dressées face à la mer, d’origine maori/tonga, qui vit passer une population en bonne santé de vingt à trente mille habitants à une peuplade famélique de quelques milliers lorsque les européens découvrirent l’île quelques dizaines d’années après l’effondrement. On découvrira dans le livre que la compétition entre différents clans par l’intermédiaire de leurs élites provoqua une déforestation totale de l’île, dûe tant au bois nécessaire au déplacement des statues qu’à celui qu’on abattait pour libérer des terres agricoles permettant de nourrir de plus en plus d’habitants par clan.

Cette déforestation d’abord partielle puis totale entraîna également une diminution drastique des pluies9, causant un manque d’eau massif au regard d’une population qui explosait ; tout comme une érosion massive et un appauvrissement des sols qui entraînèrent après des années d’exploitation une chute des rendements agricoles. Ce schéma se retrouve, certes avec souvent d’autres facteurs et une plus grande complexité, dans les autres civilisations étudiées, avec une constance qui fait froid dans le dos, aboutissant à une Islande autrefois boisée et aujourd’hui lunaire, ou aux déserts anciennement peuplés de grands arbres du Sud des Etats-Unis et occupés par les Anasazis.

Difficile d'imaginer l'Islande boisée quand on voit aujourd'hui l'intérieur des terres... | Source : Alistair Knock

Dans cette première partie du livre, l’auteur fait aussi de la survie comparative historique, en examinant l’échec massif des Vikings au Groenland10, par rapport au succès relatif mais durable des inuits dans des conditions identiques, l’insuccès des premiers comme d’autres civilisations qui échouèrent étant essentiellement dû in fine à leur refus de modifier des habitudes sociétales11 qui certes fonctionnaient dans les sociétés Vikings du Nord de l’Europe. Ce refus du changement est difficile à comprendre alors que des contacts sporadiques entre Inuits et Vikings eurent lieu et que les conditions s’approchaient de la survie pour une bonne partie des quelques milliers de Vikings présents. Il entraîna leur perte lors de l’arrivée du petit age glaciaire, qui réduit à néant ou presque les rendements des surfaces exploitées pour le fourrage et la pâture des animaux. A l’opposé, les Inuits avaient des techniques de chasses en mer extrêmement perfectionnées12, qui leur assurèrent sinon l’abondance du moins une survie durable.

Pour clore cette première partie, et sur une note plus optimiste, Jared Diamond nous compte quelques succès en matière de pérennité sociétale vis-à-vis de l’environnement. On y découvre la réussite japonaise en matière de protection de l’environnement13, par le biais du boisement massif et bien exploité. Ce qu’il montre ici est que le Japon des XVème et XVIème siècle se déboisait rapidement à cause de l’augmentation de la population et d’une construction s’appuyant exclusivement sur le bois, jusqu’à ce que les dirigeants de l’époque mettent en place une régulation fort sévère de l’usage des forêts14, combiné à une politique de reboisement. Ceci permit au Japon d’être aujourd’hui le plus boisé des pays développés, comme pour une Allemagne qui opéra de manière à peu près identique, engendrant un épaississement des sols. Toutefois, il faudra noter que ces deux pays en arrivèrent également à exporter presque totalement la production de nourriture, et que le Japon surexploite massivement les ressources marines. Des leçons intéressantes, positives mais inapplicables telles quelles à l’échelle de la planète.

Hautes terres de Nouvelle-Guinée | Source : Drew Douglas

Il considère par ailleurs comme l’un des plus grands succès environnementaux l’exemple des habitants des hautes terres de Nouvelle Guinée, population et culture existant depuis des milliers d’années en particulier grâce à un des environnements le plus étroitement contrôlé que la Terre connaisse15, dans un but des conservation des sols et de maintien de rendements agricoles acceptables à très long terme. On parle ici d’une société dont les pratiques agricoles ont plusieurs milliers d’années, et qui vécut en autarcie alimentaire jusque dans les années 1930 sans problème particulier – dans un environnement certes favorable. La connaissance et le façonnage de l’environnement par les habitants de ces terres est tel que les ingénieurs agronomes modernes n’ont pas réussi, à en croire l’auteur, à atteindre des rendements supérieurs à ceux obtenus par la population. L’étude des pratiques environnementales de cette société mettra également au jour un point parmi les plus importants et certainement le plus polémique développé par l’auteur dans la dernière partie de l’ouvrage, consacrée aux possibles voies et solutions permettant à l’humanité d’aujourd’hui de se rendre pérenne16.

 

 


 

PRESSION ENVIRONNEMENTALE ET SOCIÉTÉS MODERNES : MALTHUS ES-TU LÀ ?


L’étude des sociétés modernes fait suite à celle des sociétés anciennes, et recèle un point de vue assez dérangeant parce que fortement malthusien, appuyé par des arguments qu’il est malheureusement difficile d’ignorer. On y croise également les éternels problèmes de conservation et de qualité des sols17.

Il commence par une brève histoire du Rwanda et du génocide qui y eut lieu, abordée essentiellement sous les angles de l’agriculture et de la démographie. Et Jared Diamond lève ici un véritable lièvre, en pointant une explosion démographique qui selon lui mit en péril jusqu’à l’implosion la société rwandaise toute entière en supprimant la possibilité aux familles de survivre sur les terres qu’elles possédaient. C’est la partie la moins convaincante du livre, en ce sens qu’il est difficile d’imaginer qu’une pression démographique beaucoup trop forte puisse à elle seule être à l’origine d’un des plus effroyables massacres de l’ère moderne, et que les facteurs culturels et politiques n’aient été finalement que le reflet de cette pression. Les arguments portent, factuels, et appuyés de citations d’études fort sérieuses portant sur ces questions agricoles et démographiques. Les témoignages de Rwandais eux-mêmes sont par contre peu nombreux. On tirera de cette partie une impression mitigée, tant on connaît la complexité de ce génocide en tant que Français.

A gauche, Haiti. A droite, la République Dominicaine | Source : NASA/Goddard Space Flight Center Scientific Visualization Studio

Suit, à l’image du Groenland pour les sociétés passés, une large comparaison entre deux sociétés modernes partageant le même environnement et ayant eu des destins pour le moins contrastés : Haïti et la République Dominicaine. Ici, encore une fois, la forêt apparaît comme un facteur essentiel. Tandis qu’Haïti a toujours vu, aux dépends de son environnement, la population – pour des raisons fort valables de survie – exploiter anarchiquement ses forêts, pour un résultat identique à ceux observés en Islande ou sur l’Ile de Pâques : une déforestation complète. De l’autre côté, l’autocrate Joaquin Balaguer, quelles qu’en furent les raisons, a fait respecter à chacun de ses passages au pouvoir une politique forestière stricte18, créant un grand nombre de parcs nationaux pour un pays en voie de développement et permettant aujourd’hui à la République Dominicaine d’avoir une économie touristique florissante19 en sus d’un environnement infiniment moins dégradé que les autres îles des Antilles. Encore une fois, conservation et richesse des sols sont au coeur du sujet, la pression démographique20 accentuant encore l’écart environnemental entre les deux parties de cette même île.

Pour finir cette seconde partie concernant les sociétés modernes, deux des plus grands pays du monde sont analysés de manières historique comme actuelle : la Chine, superpuissance en devenir, et l’Australie, pays-continent.

On constate alors que la Chine qui s’éveille représente assez bien notre monde, notamment pour ce qui est des pays pauvres et en voie de développement, aspirant au mode de vie occidental sans pouvoir autant qu’eux exporter les dommages environnementaux21. Et la principale solution chinoise, quoiqu’insuffisante au regard de la situation environnementale actuelle du pays22, n’est pas pour plaire : c’est un malthusianisme assumé, qui passe par le contrôle des naissances, à l’image des solutions culturelles ancestrales des peuples de Nouvelle Guinée – contrôle des naissances, avortements – sans les infanticides généralisés. Cela a évité, malgré un doublement depuis trente ans, la naissance de plusieurs centaines de millions de chinois. Quand on connaît les contraintes qui pèsent sur les terres chinoises avec la population actuelle, on a  peine à imaginer ce qu’il en serait avec 10, 20 ou 30 % de population supplémentaire. La Chine a également lancé, depuis une décennie environ, de nombreux programmes de conservation des sols et de protection de l’environnement, même si ceux-ci ne représentent pas encore grand-chose face à la croissance économique du pays.

L’étude de la situation australienne permet de regarder sans détours les questions environnementales touchant les pays développées, les conséquences australiennes pouvant être vues comme des précurseurs de par le caractère fragile de l’environnement de l’île. L’on s’aperçoit alors que les australiens, au mode de vie anglo-saxon et « occidental » malgré un environnement très différent de l’Europe23 traitent les ressources renouvelables de la même manière que les ressources non renouvelables : ils les « minent » , autrement dit ils les exploitent à une vitesse qui les transforment en ressources non renouvelables, car une fois que la couche d’humus a disparu par érosion ou est devenue trop pauvre en nutriments pour obtenir un rendement agricole suffisant, ce sont des dizaines d’années ou plus pour les environnement fragiles, qui seront nécessaires pour reconstituer le potentiel de production.

Les Australiens rencontrent d’ailleurs des problèmes pas si différents des habitants de l’île de Pâques : des rendements agricoles en danger, des précipitations en chute, une forte érosion des sols ; et un appauvrissement de ce qui reste de ces derniers, certes comblé par une utilisation massive d’engrais d’origine pétrolière, mais qu’on ne saurait qualifier de pérenne à l’échelle du siècle ou du millénaire. Les sécheresses à répétition, les inondations massives sont le reflet de cette dégradation des sols et de la couverture forestière ; et ils deviendront critiques pour peu que le climat évolue à la hausse des températures. Les Australiens, de plus en plus touchés depuis quelques années, sont d’ailleurs en train de mettre en place de multiples plans et expériences pour enrayer ces dégradations.

 

 


 

DES SOLUTIONS MULTIFACTORIELLES ET GLOBALES


Quelques facteurs essentiels de succès ou d’échec ressortent de ces nombreux exemples et n’incitent certainement pas à l’optimisme en la matière. Surtout quand on se rend compte que l’effondrement suit toujours l’apogée des sociétés ayant échoué à l’exploitation durable de leur environnement, et le caractère unifiant d’une mondialisation qui rend l’humanité toute entière de plus en plus interconnectée, formant quasiment une unique société :

La conservation des sols comme des ressources hydriques, essentiels pour une agriculture durable24, passe essentiellement soit par la conservation et l’entretien d’une importante couverture forestière  - qui aboutit à exporter la production de nourriture – , soit par l’application de plans radicaux de conservation des sols via une sélection poussée des espèces les mieux à même de fixer humus et nutriments pour une meilleure reconstitution de la ressource tout en minimisant l’érosion25. Cela passe également par la limitation de l’érosion – création de haies, de futaies, de mares et autres retenues – , ce qui oblige là aussi à repenser les pratiques agricoles modernes.co

Une régulation extrêmement sévère des pratiques de l’industrie et des populations, qu’elle concerne les ressources renouvelables26 ou non renouvelables27. Par exemple, en République Dominicaine, cela passa par la destruction pure et simple des scieries, une solution extrême mais qui permit d’arrêter net les abattages sauvages. Une situation que l’on pourra comparer à celle du Brésil où l’on amnistie année après année les auteurs de défrichements sauvages de la forêt primaire, au détriment du bassin amazonien tout entier car réduisant d’autant les précipitations. Les exemples pourraient être multipliés à l’envie sur Terre, tant les ressources renouvelables sont surexploitées (les mers en particulier) et les ressources non renouvelables exploitées de manière destructrice28.

La question fort polémique, qui plus est antiéconomique au regard du système actuel, se trouve être ce fameux malthusianisme qui ne s’est jamais vérifié depuis l’émission par ledit Malthus du postulat que l’essentiel des problèmes environnementaux et sociétaux sur Terre provenaient d’une population trop importante. Ce prophète de malheur29 ont pour l’instant toujours eu tort, et il est réputé que la population humaine devrait se stabiliser dans le siècle à venir autour de dix milliards d’habitants.

Deux éléments toutefois n’incitent pas à l’optimisme concernant la non-réalisation du postulat malthusien :

  • L’humanité actuelle est déjà en train de réduire de nombreuses ressources renouvelables à un niveau où celles-ci ne le seront bientôt plus.
  • Aucun argument sérieux, selon Jared Diamond, ne vient appuyer l’idée que l’humanité cesserait in fine sa croissance démographique30. Dans les exemples historiques vus précédemment, l’on constate que la population croît toujours31 jusqu’à dépasser le seuil permettant aux sols de produire suffisamment pour tout le monde, en particulier lorsque des aléas climatiques plus ou moins durables viennent perturber cette productivité agricole32. On avancera que les implications d’un malthusianisme politique sont difficilement acceptables pour l’être humain que nous sommes, toutefois certains exemples d’échecs comme de réussite33 tendent à montrer qu’un malthusianisme assumé mais assurant la pérennité se révèle moins destructeur que des affrontements guerriers pour des terres arables…

Enfin, ce qui est certainement le point qui va nous intéresser le plus, la volonté des élites d’opérer des changements culturels importants lorsque l’environnement est en dégradation rapide. Celles-ci sont en effet capitales car elles seules peuvent impulser des changements à grandes échelle, ainsi qu’à jouer un rôle d’exemple aboutissant à des modifications bien plus rapides des habitudes culturelles des populations. Le Japon du XVIème siècle est un bon exemple, des propos suivis de lois sévères des dirigeants eux-mêmes venant confirmer cette prise de conscience. Et Jared Diamond de constater que les sociétés ayant opéré culturellement ce virage sur l’aile sont le plus souvent celles dont les élites ; soit pouvaient constater au niveau individuel la dégradation environnementale34 ; soit étaient suffisamment proches par le mode de vie du reste de la population pour être également affectées, et ce suffisamment tôt dans le processus, pour opérer des changements de modes de vie permettant d’éviter l’effondrement. Si le premier point est largement rempli dans beaucoup d’endroits sur Terre, le second ne prête pas vraiment à l’optimisme compte tenu de la possibilité des élites mondiales actuelles à vivre de plus en plus séparées du reste de la population.

Pourtant, nous raconte Jared Diamond, ces élites35 qui souvent se croient à l’abri du destin que connaîtra le reste du monde en cas de crise environnementale critique pour la survie de nos sociétés, devraient garder à l’esprit le conte trop réel que fut le Groenland pour les Vikings. On observe en effet, avant leur disparition définitive en quelques décennies, la disparition des fermes les moins rentables et les plus pauvres, et si la survie des grosses fermes des élites du lieu n’est au début pas mise en danger, le repli de la population augmente de plus en plus la pression sur des terres certes « riches » mais dont la capacité de production est finie. L’on peut raisonnablement supposer36 que les dernières fermes encore en place et non abandonnées se retrouvèrent submergées par les « migrants » , et que leur appartenance aux élites ne fit que retarder leur chute au lieu de la leur épargner.

 

 


 

UN PROCESSUS RÉVERSIBLE, OU UN EFFONDREMENT PROGRAMMÉ ?


Après ces descriptions et analyses certes captivantes mais ne pouvant évidemment constituer un mode d’emploi, la troisième et dernière partie d’ « Effondrement » est consacrée à notre monde moderne : celui-ci est-il, comme les sociétés étudiées, potentiellement au bord de l’effondrement ? Compte tenu des leçons retenues de ces expériences historiques, cette voie est-elle réversible ? Quelles sont les solutions qui s’offrent à l’humanité mondialisée pour assurer sa pérennité ?

A la première question, la réponse de l’auteur est un oui franc et massif, que l’on aurait du mal à contester tant les signes avant-coureurs d’un épuisement des ressources par mauvaise gestion comme par pression démographique sont manifestes : une bonne partie des espèces marines comestibles sont en voie d’épuisement, alors même que c’est la ressource de nourriture qui nécessite le moins de travail pour son renouvellement. Hors de l’Europe, les forêts sont une ressource en danger, que ce soit avec l’huile de palme en Asie, l’éthanol en Amérique du Sud, et une pression agricole massive sur l’ensemble du patrimoine forestier mondial. Les sols des pays agricoles sont dans une condition déplorable, les rendements n’étant soutenables qu’avec un apport massif d’engrais pétrochimiques37. Les forêts, haies et futaies disparaissent – pour des raisons différentes – dans les pays pauvres comme riches dès lors que ne sont pas mises en places des politiques de conservation des sols très agressives – et bien trop rares. Enfin, la croissance démographique de la population terrestre n’est pas prête de diminuer, et même si pour le moment les populations qui souffrent durablement de la faim sont en constante réduction depuis 50 ans, il faut garder à l’esprit que c’est également ce qui se produit dans toutes les populations étudiées précédemment… jusqu’à leur effondrement.

A la seconde question, Jared Diamond répond peut-être, s’appuyant tant sur les expériences passées des peuples ayant assuré leur pérennité après avoir vu certaines de leur ressources se dégrader dangereusement, que sur les changements culturels se produisant dans nos sociétés actuelles depuis quelques dizaines d’années, qu’elles soient d’ailleurs développées ou non. La plus grande réserve de sa part se situe bien évidemment au niveau de la démographie, qui pour le moment est complètement détachée des questions environnementales – sauf en Chine – pour des raisons tant culturelles qu’économiques. Il pointe également, et c’est sans doute la plus grande cause de son optimisme, le fait que nos connaissances scientifiques et historiques nous permettent d’avoir connaissance des destins contrastés des civilisations passées, contrairement à ces dernières.

La dernière question est celle qui appelle la réponse la plus complexe, car se jouant à de multiples niveaux, en particulier dans les pays démocratiques. Les élites constituent ici pour Jared Diamond un facteur crucial, comme il le fut pour les sociétés passées. La mise en place de régulations sévères, d’incitations fortes et de décisions globales concernant la protection des ressources naturelles ne pourra en effet se faire sans elles. Tout comme les changements culturels en dépendent pour une part non négligeable, et notamment en ce qui concerne l’éducation. On pensera notamment, en France, aux écoles agronomiques par exemple, qui peuvent changer l’éducation de milliers de futurs agriculteurs en favorisant des pratiques nettement plus respectueuses des sols38.

En tant qu’observateur du WWF, il raconte par le menu certaines de ses expériences vis-à-vis des entreprises se soumettant au label de l’ONG : on y découvre que celles-ci font souvent des efforts bien réels en la matière39, pour peu que les incitations soient réelles notamment lors des appels d’offre, que les populations du territoire sur lequel elles se trouvent exercent une politique de sanctions fortes et immédiates en cas de non respect des conditions préalables d’installation, et que leurs efforts soient reconnus40. On apprendra au passage que le WWF est une organisation elle-même imprégnée par le malthusanisme, pointant avec régularité dans ses rapports la surpopulation sur la planète comme une cause importante des dommages environnementaux.

L’auteur examine également les labels tels que FSC ou MSC, utiles non uniquement parce que le consommateur les choisit mais également en tant que tels, car poussant réellement l’industrie à améliorer sa conduite dans un but de communication, le pendant malsain des labels les plus durables étant la création de « sous-labels » destinés à blanchir des entreprises à peu de frais.

Ainsi, certains acteurs, ne nous voilons pas la face, appliquent la politique de la terre brûlée, qu’ils soient des exploitants agricoles, des exploitants de ressources non renouvelable, mais aussi les sociétés développées41 où le coût environnemental est complètement détaché du prix des produits et du taux des taxes qui s’y appliquent42, ainsi que beaucoup d’autres. Pour ces récalcitrants43, les contraintes citées précédemment et en général en mesure d’inverser la tendance doivent être amplifiées à la mesure des dégâts produits pour espérer des changements rapides.

Tout ceci est bien évidemment considéré en évacuant le système économique actuel et les questions de démographie, des choses pour lesquelles les cultures de notre humanité ne sont visiblement pas prêtes. Ni à se poser les questions (quoique…) , et encore moins à réfléchir aux réponses, ces dernières n’étant que difficilement concevables et d’une application qui fera des dégâts culturels et sociaux. Toutefois, elles devront pour Jared Diamond être abordées finalement assez rapidement, sous peine de voir l’humanité mondialisée et formant de plus en plus une unique civilisation très fortement interconnectée, isolée dans l’Univers à l’instar de l’ile de Pâques au milieu du Pacifique, connaître le même sort que les habitants de cette dernière ou que les Vikings du Groenland, finissant par dépérir sous son propre impact environnemental et à la portée du moindre aléa climatique. A cette aune, les pays « riches » – et les élites de tous pays – ne doivent pas se croire à l’abri de dégradations environnementales majeures qui auraient lieu ailleurs, car les flux de réfugiés sont aujourd’hui mondialisés eux aussi.

 

 


 

POLÉMIQUES VIRULENTES ENTRE MILIEUX ACADÉMIQUES ET JARED DIAMOND

 

Avant de conclure, je me dois de vous faire part des très nombreuses critiques adressées à l’auteur depuis la sortie du livre par les spécialistes du sujet, en particulier les anthropologues. L’un des plus importants reproches faits concerne la qualité et l’ancienneté des sources utilisées par l’auteur : il utilise en immense majorité des sources secondaires et non primaires44 , ce qui aboutit à un état des lieux souvent obsolète lorsque l’on consulte les conclusions les plus récentes des spécialistes des sujets abordés. On pourra lire – en anglais – ces deux examens critiques du livre et des thèses de Diamond peu après sa sortie, par des scientifiques : « Under the spell of Malthus » et « Diamond’s Collapse in focus » .

La popularité de l’auteur est assez élevée pour le grand public américain, ce qui semble avoir décidé un certain nombre d’anthropologues travaillant sur les sujets abordés dans « Effondrement » à publier un livre rassemblant des essais critiquant un certain nombre des affirmations historiques faites dans le livre : il est intitulé « Questioning Collapse » , est doublé d’un blog associé, et fut publié en 2009 par les éditions universitaires de Cambridge45. Il promeut notamment, en dehors des critiques spécifiques, le fait que les société humaines ont une résilience très élevée, et mutent la plupart du temps plutôt que de mourir ou de dépérir.

De nombreux points historiques soutenus par Jared Diamond sont directement réfutés lorsque l’on interroge des chercheurs travaillant sur ces sujets : la population Viking du Groenland aurait migré au lieu de mourir de faim, la population de l’île de Pâques ne se serait réduite qu’après l’arrivée des européens, et de nombreux autres détails fort spécifiques dans le livre46, se révèlent être en contradiction directe avec l’état actuel des connaissance. J’invite les anglophones à aller lire cette chronique de « Questioning Collapse » , par un confrère, parfois favorable à la thèse générale de Jared Diamond, mais en accord sur le manque de sérieux ou le caractère daté de certaines des affirmations historiques de l’auteur d’ ‘Effondrement » .

Source : Jim Hunt

Pour ajouter à la polémique, le magazine Nature confia… à Jared Diamond, lui-même, le soin d’écrire la critique de « Questioning Collapse » , ne manquant pas de provoquer l’ire des auteurs et du milieu universitaire – à juste titre. Le tout sans préciser dans son article que le livre est une critique directe de son propre ouvrage. Les curieux – et anglophones – peuvent aller voir ici ou , puis ici pour la réponse de Nature aux critiques.

Tout cela fragilise indiscutablement la thèse de l’auteur, en tout cas leurs fondations historiques, celles précisément qui rendent cette thèse de l’effondrement de certaines civilisations si convaincante. Toutefois, nombre d’observations et arguments faits par Diamond dans « Effondrement » restent valables, et ne sont pas infirmées par les scientifiques spécialistes des sujets abordés.

En particulier, et en dehors des pinaillages sémantiques sur ce qu’est ou non l’effondrement d’une société humaine, le tableau général de notre société humaine actuelle renvoie pour partie à des sociétés qui, si elles ne se sont pas « effondrées » , ont du moins subi de graves changements dans une direction qui n’est certes pas positive du point de vue de l’homme que je suis47. La société actuelle est certes partiellement différente des sociétés passées48. Mais elle l’est dans un sens qui, à mon sens, renforce sans doute plus qu’il ne diminue les arguments faits par Diamond en faveur de l’éventualité d’un « effondrement » .

 

 


 

JARED DIAMOND, « OPTIMISTE PRUDENT »


C’est ainsi que se décrit Jared Diamond en fin d’ouvrage, répondant à l’inévitable question du lecteur : « Etes-vous un prophète de malheur ?  » . Il cite à l’appui de son optimisme les changements culturels rapides qui se produisent par rapport à la gestion par l’homme de son environnement, ainsi que les très nombreuses expérimentations et réalisations dans ce domaine aux quatre coins du monde, la mondialisation permettant une diffusion rapide. On aura compris en lisant ce billet que l’auteur a de très nombreuses raisons de tempérer cet optimisme, l’issue dépendant finalement de notre capacité49 à opérer ces changements rapidement et de manière globale.

En tant que lecteur, par contre, on a beaucoup de mal à conserver son optimisme en refermant ce livre, que l’on prend comme un véritable coup de poing : une bonne partie de ses analyses est difficilement réfutable, car s’appuyant sur des faits directement quantifiables et vérifiables50, la partie malthusienne du propos étant décidément la plus dérangeante. Je ne sais franchement pas si mon comportement changera radicalement après cette lecture51, je sais que je ne regarderai plus jamais de la même manière les questions de déforestation, d’érosion, de transformation de ressources renouvelables en ressources non renouvelables par la surpêche ou une agriculture destructrice… et n’hésiterai pas à en parler autour de moi si le sujet est mis sur la table, devenant ainsi un affreux bobo moralisateur.

Si on peut ne pas être totalement en accord avec les thèses de Jared Diamond, il est impossible d’ignorer la portée de nombre des points qu’il soulève, en particulier lorsqu’ils sont appuyés sur des reconstitutions historiques aussi précises… il est dur de ne pas se poser de questions en observant le destin sinon fatal, du moins bien sombre, de tant de sociétés présentes et passées, alors que notre monde est aujourd’hui si petit de par son interconnexion constante. « Effondrement » est un ouvrage que je recommande à tout le monde, car les rapports entre l’homme et son environnement nous concernent finalement tous, en particulier dans les pays démocratiques. C’est d’ailleurs ce qui fait l’optimisme de Jared Diamond : nous avons, contrairement aux civilisations passées, beaucoup de connaissances supplémentaires, scientifiques comme historiques.

 

 


 

POST SCRIPTUM


On notera deux choses fort intéressantes en fin d’ouvrage, en particulier pour les auteurs qui cherchent à développer et transmettre des idées complexes :

  • Jared Diamond rédige une brève FAQ afin de répondre directement aux critiques les plus simplistes52 qu’on pourrait addresser à son raisonnement, celles-ci pouvant être ravageuses si exprimées de manière séduisante face à des idées dont la complexité ne permet pas la brièveté. Comme il l’écrit, étant entendu que son raisonnement est critiquable et sujet à débat tant les questions environnementales impliquent d’incertitudes, cela ne vise qu’à éviter les réfutations partielles ou totales reposant sur de fausses simplifications.

 

  • La bibliographie est tout simplement la plus intéressante qu’il m’ait été donné de voir : elle est en effet rédigée, chapitrée et détaillée comme le corps du livre, ce qui permet au lecteur de suivre facilement les sources choisies par Jared Diamond comme de saisir rapidement, au fil du livre, quels sont les autres ouvrages que l’on pourrait vouloir approfondir. Cela change pour le moins des habituelles listes interminables – et fort sèches – de livres…

 

    NOTES
    1. Soit plusieurs centaines d’années au minimum, le temps des sociétés humaines []
    2. Étude des cercles du bois permettant de déterminer les années sèches ou humides. []
    3. Étude des pollens et spores dans les sols archéologiques. []
    4. Capitales car permettant de connaître précisément l’alimentation au cours du temps des peuples comme des différentes couches sociales de ceux-ci. []
    5. Au nom toujours imprononçable, rassurez-vous. []
    6. Qui est bien le point le plus crucial pour l’auteur dans la situation actuelle, les autres facteurs étant souvent hors de contrôle. []
    7. On pourra également aller voir le documentaire en anglais réalisé en 2009 à partir du livre, qui se nomme « Collapse » , comme le titre original du livre de Diamond. Se trouve facilement sur Youtube. []
    8. Environnement le plus souvent considéré comme une ressource exploitable sans tenir compte du taux de renouvellement. []
    9. Une bonne couverture forestière apporte des précipitations importantes : exemple dans le massif de la Chartreuse. []
    10. Colonisé très partiellement par ceux-ci, de l’an 1000 à la fin du XIVème siècle. []
    11. Comme manger de la viande et non du poisson pour des raisons de prestige. []
    12. Techniques qui feront d’ailleurs l’admiration des Européens qui « redécouvriront » le Groenland aux XVIème et XVIIème siècles. []
    13. Que Fukushima n’invalide pas pour les sujets qui nous intéressent. []
    14. Les espèces sont soigneusement choisies, interdiction des abattages sauvages mais plans décennaux d’exploitation et d’entretien appliqués à l’ensemble des espaces boisés. []
    15. Qui sera expliqué de manière détaillé par l’auteur, tant le soin apporté au choix des espèces et de rotation des cultures est minutieux. []
    16. Étant bien compris que l’effondrement caractérise rarement la disparition totale et le plus souvent une chute massive tant du niveau de vie que du nombre d’habitants d’un environnement considéré []
    17. Sur le niveau non négligeable de dégradation des sols terrestres, on pourra aller lire l’excellent article « Our good earth » publié en 2009 par National Geographic. []
    18. Politique notamment respectée grâce à l’implication de l’armée, touchant populations comme entreprises forestières. []
    19. Même si cette politique de tourisme de masse entraîne son lot de problèmes environnementaux. []
    20. Haïti est bien plus peuplé que la République Dominicaine : même nombre d’habitants, mais une surface deux fois moindre à Haiti. []
    21. Exportation possible par l’intermédiaire des matières premières exploitées ailleurs, et de l’agriculture pour les pays fortement boisés comme l’Allemagne ou le Japon. []
    22. Même si des efforts massifs mais épars sont faits par le gouvernement chinois dans le domaine de l’environnement. []
    23. Élevage massif en particulier, et une utilisation de l’eau qui met en danger le caractère renouvelable de la ressource. []
    24. Durable étant entendu comme permettant l’exploitation régulière des ressources pendant des centaines d’années. []
    25. Solution adoptée en Nouvelle-Guinée et développée sur des centaines d’années, valable pour les derniers siècles, hors la pression démographique récente. []
    26. Forêts, mers, sols… []
    27. Minerais et énergies fossiles. []
    28. Quiconque a déjà vu une mine à ciel ouvert ou les exploitations de sables bitumineux voit de quoi l’auteur parle. []
    29. Et ses suivants, nombreux depuis deux siècles. []
    30. Pour lire une critique de cette position, on pourra aller lire ce billet. []
    31. Sauf lorsque sont prises des mesures radicales de contrôle de la population. []
    32. Aléas que l’on retrouve aujourd’hui, au choix avec le réchauffement climatique ou l’explosion de biocarburants qui ont peu ou prou le même effet de réduction brutale des ressources. []
    33. En excluant le Rwanda, trop directement polémique à mon sens et pas assez maîtrisé par l’auteur pour en faire un cas d’école. []
    34. Cette dégradation environnementale étant malheureusement la plupart du temps trop lente, à l’échelle des générations plus que de la vie d’un individu, pour que ces derniers en prennent conscience []
    35. Les pays développés pouvant être considéré sous certains angles comme étant eux-mêmes une élite par rapport au reste du monde. []
    36. C’est ce que l’auteur fait, pour une fois sans les ressources scientifiques à l’appui de ses dires, pour d’évidentes raisons d’absences de traces écrites. []
    37. Engrais qui ne sont pas en soi condamnables, mais posent un problème majeur de par leur origine si on réfléchit au-delà de quelques décennies. []
    38. Un exemple simple : la diminution drastique de la consommation d’eau par l’intermédiaire du goutte-à-goutte remplaçant l’irrigation par gicleurs. Ce qui permet également de réduire la salinisation, phénomène qui rend pour des décennies les sols impropres aux cultures dans les pays arides et semi-arides où une irrigation massive est de mise. De nombreux autre problèmes doivent être pris en compte, comme la compaction des sols, tout cela aboutissant à des rendements qui ne sont pas soutenables sans apport massif d’engrais à long-terme à cause de la dégradation progressive des sols. []
    39. Avec la réserve qu’elles le font évidemment dans le cadre du systême économique actuel, destructeur à long terme. []
    40. Leur permettant de communiquer sur le sujet. []
    41. Nous, moi, vous… []
    42. Et où le niveau très élevé de consommation de ceux-ci produit un très fort effet de levier. []
    43. Le plus souvent non des filières entières mais des groupements d’entreprises ne croyant pas avoir d’intérêt économique au changement. []
    44. Comme le fait, par exemple, Wikipedia. []
    45. On peut difficilement faire mieux pour une critique adressée par l’establishment universitaire… []
    46. Livre que je n’ai pas lu, même si le web permet de se faire une idée assez précise du contenu. []
    47. Les auteurs de « Questioning Collapse » réfutent et ces similitudes et l’idée que ces sociétés se soient effondrées. []
    48. Comme écrit ci-dessus, cette différence, considérée comme totale et non partielle par les auteurs de « Questioning Collapse » , est utilisée pour infirmer la thèse générale soutenue par Diamond dans son livre. []
    49. Et des capacités de nos élites, élues pour ce qui est des élites politiques dans nos démocraties. []
    50. On gardera à l’esprit le fait que certains de ces faits s’avèrent simplement faux, à vérifier avant d’aller répéter autour de soi donc… []
    51. Ou si je suis devenu malthusien, tant les conséquences en seraient graves. []
    52. Ces punch-lines faisant appel au bon sens qu’affectionnent communicants de tous bords []

    Commentaires

    1. Bardamor
      21 août 2011 @ 16:13

      - Si la prophétesse de malheur Cassandre n’est jamais crue, c’est pour la raison assez facile à comprendre que l’action politique ne peut être prudente, ne l’a quasiment jamais été dans l’histoire. Il y a toujours dans la politique un effet religieux d’entraînement, une volonté contraire à l’esprit lucide.
      De même qu’au niveau « existentiel », quelqu’un qui est obsédé par le jour de sa mort sera paralysé.
      - Les civilisations déclinent après avoir atteint leur apogée technologique, non pas scientifique au sens strict ; il y a parfois un décalage important entre les deux.
      Ce qui fait l’originalité de la situation actuelle, c’est bien sûr la mondialisation, le fait qu’il n’y a plus qu’une civilisation.
      - Il est extrêmement prévisible que les élites universitaires réagissent mal à ce type d’enquête, puisque leur rôle est en principe de nous éclairer, bien que ce soit là aussi une constante que le clergé/élite échoue systématiquement dans ce rôle, pour la raison là encore facile à comprendre qu’il ne peut y avoir d’élite artistique, philosophique ou scientifique véritablement indépendante du pouvoir. La pensée positiviste ou progressiste va d’ailleurs rarement sans une dénonciation de la sclérose des élites, qui reste souvent lettre morte. Auguste Comte, par exemple, s’en est pris violemment à l’école polytechnique qu’il jugeait un ramassis d’ignares.

    2. yann kervennic
      14 mars 2012 @ 16:47

      Tres interessant travail de critique. Je n’ai jamais lu le livre mais je suis en train de lire en anglais son precedent ouvrage, guns germs and steel et je dois dire que je suis bluffe par la qualite de ses analyses.

      Parcontre,je voudrais mettre en garde contre les traductions. Le francais est une langue qui a un fort contenu moralisant ou polemique et rien que la traduction du titre donne un contenu politique, limite raciste, qui ne transparait jamais en anglais (usant du terme « reussite » au lieu de s’etendre ou expansion).

      Pour Diamond il n’y a pas de « reussite » mais une evolution determine en grande partie par les possibilites environnemental. D’ailleurs diamond a ecrit des textes polemiques aux contenus « primitivistes » et sa pensee semble hesitante quand a condamner integralement ou accorder quelques merites au resultat de cette evolution dans le monde occidental. Par exemple il denonce l’avenement de l’agriculture comme marquant le debut d’une longue calamite pour l’humanite qui ne s’attenue qu’avec l’utilisation des energies fossile, double d’un desastre environnemental. Parcontre il sinquiete de la violence au sein des peuplades primitives qu’il trouve repugnante et lie a la territorialite (mais il en debat sans references autre que personnelles) et semble caresser l’idee qu’un gouvernement centralise issu de l’exploitation agricole et de l’instauration du travail est peut etre un mal necessaire a cet egard.

      Je pense que globalement Diamond correspond au personnage surrane de l’honnete homme, plutot independant (il a suivie plusieurs cursus universitaires) et cherchant simplement a resoudre des enigmes historiques. Comme tout amateur eclaire, il est sujet aux approiimations et se retrouve necessairement en position de vulnerabilite face a chacun des specialistes de tel ou tel domaine.

      Pour ce qui est de l’honnetete, on ne peut pas toujours en dire autant de ces contradicteurs, pour le moins en France. Ils lui livrent globalement un combat acharne remettant en cause toute sa demarche et ses conclusions, en ne discutant que rarement du fond mais sur de pseudo intention politique (mentor des conservateurs etc). Bref il s’agit de pure proces d’intention destine a occulter le contenu.
      Par exemple j’ecoutais l’emission de france culture concernant cet ouvrage, purement a charge mis a part une phrase a la fin, et ou est invite Daniel Tanuro qui depuis des annes s’emploi a combattre tout ce qui ne voit pas dans le seul capitalisme financiarise la cause historique de tous les degats environnementaux. Concernant l’ile de Paque, il avance qu’il n’y a jamais pu avoir plus de 3000 a 4000 habitant pour des raisons de capacite agricole de l’ile, et donc jamais d’effondrement mais un genocide colonial. Il n’y a jamais personne pour lui porter la contradiction et lui rappeller que l’ile de paques est une ile et qu’avant de perdre leurs arbres, les iliens vivaient de la peche et probablement assez peu de l’agriculture, comme bien d’autres iles austronesiennes. Bref on aimerait une critique honnete et serieuse qui etrangement fait defaut dans les medias francais.

      Pour ce qui est des elements de science, il est fort probable que Diamond soit parfois alle un peu vite en besogne, convaincu par ces intuitions, mais c’est peut etre ainsi qu’il faut voir ses ovrages: une serieuse intuition theorique qui fourni une tres bonne base pour la recherche en histoire.

      Il se trouve que de tres nombreux resultats recents confortent justement cette vision dynamque de l’histoire des civilisation qui n’est pas d’ailleurs propre a diamond. J’en citerai qelques un a la volee:
      - Les donnees climatiques concernant la fin de l’empire romain et la chute des rendements agricoles
      - La correspondance quasi parfaite entre la succession des troubles de l’histoire imperial chinoise et celle des accidents climatique.
      - La confirmation recente de l’extreme secheresse produite par la deforestation des mayas, ce qui est bien a la cause probable de l’effondrement
      - L’etude des grotte de l’ile de paque qui revele la survenue d’une epoque de violence apres la deforestation, confirme, parmis de tres nombreux autre indice par l’explosion des armes en obsidienne, marginal aparavant dans cette societe de pecheurs agriculteurs.
      - Les sediment des grands delta equatoriau africains qui confirme les impacts massifs et tres negatifs de l’agriculture massivement pratique par les bantu (etde 2012)

      etc etc etc

      Quand a la resilience des societes et des empires, ce doit etre un gag. Des egyptiens a l’empire Nazi incapable d’acceder au champs petroliers du caucase, en passant par les romains et l’effondrement demographique post imperial, l’effondrement est bien un fait historique constant et largement delimite par des conditions geographiques.

      Quand a la resilience, il s’agit de celle des individus, pas des societes, tel les descendant mayas parti devenir petits agriculteurs ou chasseurs cueilleurs dans la foret. Le seul probleme pour nous est que cette foi ci, notre resilience est severement impacte par la globalisation et l’extension de l’empire occidental actuel.

    3. yann kervennic
      14 mars 2012 @ 22:36

      Correction:
      C’est dans guns germs qu’il y’a un probleme avec la traduction du titre, dans collapse il y’a bien la notion de reussite, mais dans collapse c’est dans une autre optique (reussir a se maintenir).

      Ce que je trouve malaproprie c’est l’utilisation du terme d’inegalite dans la tradustion de guns germs and steel. On ne voit vraiment pas de quelle ingealite il s’agit et cela rappelle des references racistes d’inegalite entre les races.

      Porquoi avoir traduit un titre aussi simple (Armes, microbes et acier) par un titre si alambique et tendancieux ?

    4. Moktarama
      17 mars 2012 @ 17:21

      @yann kervennic :

      Pour ce qui est de Guns, Germs and Steel :

      • D’accord avec vous pour la traduction française moins « punchy » et peut-être plus tendancieuse. « Inégalités environnementales » aurait peut-être été plus compréhensible à cet égard.
      • Je l’ai lu après Collapse (en anglais, donc je ne peux rien dire sur les traductions françaises de Diamond), et il m’a presque plus convaincu que Collapse. Le portrait d’ensemble y est dressé de manière à mon sens plus convaincante, car un des gros défauts de Collapse à mon sens, qui donne d’ailleurs prise aux critiques scientifiques, est que Diamond n’hésite pas à écrire des bêtises énormes pour appuyer son propos, dans des domaines qu’il ne connaît manifestement pas (ce qui relativise la confiance du lecteur dans un ouvrage qui se veut appuyé exclusivement sur des sources scientifiques fiables).

      Pour ce qui est de Diamond :

      • Je suis assez d’accord avec votre vision de Diamond comme « homme honnête », c’est ce qui rend à mon sens la lecture de ses livres très intéressante.
      • Un (gros) bémol toutefois : dans sa quête d’une vision globale et qui sort des sentiers battus de l’histoire humaine et de la relation entre l’homme et son environnement, il laisse passer des approximations dommageables. Des approximations qui mériteraient des relectures par des confrères académiques, et une seconde édition corrigée et actualisée tant de Collapse que de Guns, Germs and Steel. Ce serait à mon sens préférable à la situation actuelle d’antagonisme et d’opposition entre Diamond (qui ne veut pas retoucher à son boulot) et nombre de ses confrères (qui le rejettent en bloc).
      • Cependant, le travail de Diamond est suffisamment rare pour être lu (en plus c’est très bien écrit), et ses angles d’approche me semblent rien moins que révolutionnaire, même si ils ne peuvent être qualifiés de scientifiques stricto sensu. On est à mon sens plus dans la philosophie des sciences et de l’histoire.

      En ce qui concerne la réception française du livre :

      • Le prisme de nombre d’historiens français médiatiques « ancienne mode », que ce soit un prisme post-marxiste ou post-anticommuniste, est extrêmement dommageabl à la discipline, et bloque notamment l’ascension de jeunes historiens plus portés vers une certaine « scientificité » de l’histoire.
      • La conséquence est évidente pour un auteur comme Diamond : il est jugé non à l’aune des preuves qu’il rassemble, mais à l’aune de la signification politique de ces preuves pour tel ou tel historien français. Une inégalité naturelle environnementale sera jugée comme insupportable, réactionnaire et libérale pour un post-marxiste. La même inégalité naturelle environnementale sera jugée comme une excuse de gauchiste envers les peuples moins dominants pour un post-anticommuniste. Ce qui ne fait certes ni avancer le débat, ni se propager les travaux de Diamond en France. Dommage pour nous…

      Bref, merci pour votre commentaire qui montre que l’absence de présence médiatique n’empêche pas à un auteur intéressant et contemporain d’être lu. Je continue pour ma part de recommander Guns Germs and Steel ainsi que Collapse à mon entourage, avec les réserves exprimées ci-dessus quand à l’imprécision de certains faits présentés comme tels par Diamond. Leur lecture n’en reste pas moins captivante, et surtout apte à secouer pas mal d’idées reçues.

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