Miscellanée de réflexions

[05-2008] Quand le bio devient moins cher que l’intensif

8 juin 2011 | Pas de commentaire

Je suis loin d’être un ayatollah de l’agriculture biologique, ainsi si je regarde à ne pas acheter des produits qui ont fait 10 000 bornes jusqu’à mon assiette, je cède assez régulièrement aux légumes sous serre, ne participe pas aux si bobos AMAP, et mange des quantités conséquentes de viande.

J’estime également que le tout biologique est loin d’être la solution, même si l’agriculture tout-industrielle et maintenant OGM a pour l’instant surtout prouvé ses capacités à ruiner les agricultures des pays pauvres. Comme j’estime que labelliser « Agriculture Biologique » des citrons qui viennent du Pérou, c’est un peu costaud vu le coût écologique du transport.

J’étais donc dans mon supermarché habituel hier, et comme d’habitude je passe quelques minutes au rayon fromages, en bon épicurien que je suis. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que mon fromage préféré, le Comté AOC – au lait cru, c’est compris dans l’appellation de ce fromage – , était disponible en version « Agriculture Biologique » pour un prix au kilo inférieur aux autres comtés « classiques » !

Ainsi, le Comté Bio Affinage 6 mois Monoprix est maintenant disponible à 11,38 €/kilo, ce qui est extrêmement faible – à Paris du moins – pour un Comté, seul le produit Monoprix classique était moins cher, à 10,40 €/kilo. Sinon, tous les autres – Président, Entremont, rapé, etc… – avaient un prix compris entre 12 et 18 €/kilo. Cela semble le cas également pour ce qui est des produits vendus via le web.

Forcément, intrigué comme pas deux, je me renseignais plus avant, pour comprendre comment une filière tout entière pouvait être convertie au Biologique tout en maintenant des prix faibles, le fromage étant intéressant sur ce plan là car impliquant nombre d’intervenants et d’étapes de transformation avant le produit fini.

Et j’ai appris qu’en ce qui concerne la production de Comté tout du moins, l’agriculture classique n’a pas une différence de production énorme, et l’intérêt plus si impérieux qu’il nécessite toutes sortes d’engrais, antibiotiques et aides diverses à la production. Les agriculteurs Bio, pour certains, semblent avoir acquis une telle expertise de leur domaine que leurs volumes ne sont que légèrement inférieurs à ceux produits par la voie classique. Ainsi, Marcel Petite, producteur d’un Comté Biologique – pour un prix moyen de 17 €/kilo – affirme arriver suite à de nombreuses années d’expérimentation à une production de 6000 litres de lait par an et par vache, légèrement inférieure aux volumes de la région – 6500 litres – mais très honorable tout de même, compte tenu notamment du fait que le label « Agriculture Biologique » vous oblige à utiliser uniquement des filières d’approvisionnement biologiques et ce à toutes les étapes.

Ainsi, si lui arrive à 17 €/kilo et Monoprix à moins de 12 €/kilo, c’est bien que ce type d’agriculture semble parfaitement viable, et en termes de volumes et en termes de prix, pour remplacer les filières classiques de production du Comté. Comme quoi, l’agriculture biologique est clairement à étudier de plus près, et n’est peut être pas si surréaliste que les partisans de l’agriculture industrielle voudraient nous le faire croire – pour moi, ce Comté fut une grosse surprise au niveau du prix – , du moins dans certaines filières.

Au final, je me dis qu’il ne serait pas idiot de mobiliser des fonds pour faire de vraies recherches dans le domaine, le Comté de Marcel Petite – et d’autres visiblement – en est le parfait exemple, ce dernier ayant mis des années avant de retrouver des volumes de production similaires et étant en expérimentation permanente. Parce que le Marcel, là, il est pas en train de bousiller ses terres à coup d’engrais, et il produit quasiment autant que ses voisins pour un prix raisonnable. Ce serait à creuser pour l’ensemble des filières agricoles, imaginez une vaste étude recensant les volumes faits par les producteurs quels qu’ils soient, et tirant filière par filière les meilleures méthodes, leurs différents coûts y compris environnemental, qu’on voie ce qu’il en est réellement de l’efficacité de l’agriculture industrielle en comparaison avec le raisonné et le biologique. Ca changerait des lobbys dont les agriculteurs sont assaillis, et amènerait un peu de transparence dans un milieu dont l’opacité n’a rien à envier à celle de l’UIMM.

Débloquer des fonds de recherche dans le domaine – et de subventions en fonction des résultats de ces recherches – serait certainement plus utile à l’avenir que de donner des valises de billets pour des pêcheurs dont l’activité n’est plus viable – je pense notamment à ceux qui bousillent les fonds marins avec leurs chaluts et font des milliers de kilomètres pour une ressource qui est en voie de disparition accélérée. Mais mon petit doigt me dit que je suis un doux dingue, vu que la loi sur les semences OGM vient d’être adoptée ce jour…finalement, mon billet a un rapport avec l’actualité :-)

 

PS : par ailleurs, ce fameux comté Monoprix Bio est tout à fait honorable pour son prix, le goût n’est pas exceptionnel mais pas moins bon que les Comtés de moyenne gamme avec 6 mois d’affinage. Ce qui m’a vraiment marqué ici est clairement le prix, qui a fait exploser mes préjugés sur une agriculture biologique fatalement élitiste, peu rentable et inefficace pour les volumes de productions nécessaires à la survie de l’humanité.

 

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