Miscellanée de réflexions

[05-2008] De la liberté du Président Sarkozy

8 juin 2011 | Pas de commentaire

A la suite d’un article paru dans Le Monde – dim. 18 et lun. 19 mai 2008 – , qui racontait par le menu les mesures de sécurité prises lors de la visite de notre bon président venu guérir les écrouelles à Melun, le journal a eu deux réponses officielles – édition du 20 mai – , l’une du préfet de Seine-et-Marne, l’autre du chef de cabinet du Président de la République.

L’article relatait comment, dans la pleine lignée du passage de la flamme olympique à Paris, les forces de police avaient confisqué tout ce qui avait trait au syndicalisme – comme pour les drapeaux tibétains il y a quelques temps – et que brandissaient, assez logiquement, les manifestants. On est bien d’accord, c’est une honte dans un pays libre que de confisquer des symboles visuels pour obtenir une image télévisuelle « plus lisse » , par ailleurs je rappelle que dans les limites de la loi – incitations diverses à la haine et à la violence, etc… – la libre expression est censée être garantie, ainsi que le syndicalisme.

La réponse du préfet est claire, il s’agissait d’empêcher tout jet éventuel d’objets sur le Président de la République. J’estime que c’est du bidon, vu qu’à ma connaissance aucun autre président français ne s’était permis cela quelque soit son impopularité. Mais au moins, c’est une justification – douteuse – comme une autre. Le monsieur fait son boulot.

La réponse de Cédric Courbet, chef de cabinet de l’Elysée, vaut par contre son pesant de cacahuètes, notamment quand il évoque la visite à Vienne – en Isère, pas en Autriche – du Président, où le ramassage systématique – similaire à Melun – des symboles politiques de gauche avait été mené par des policiers en civil auprès des manifestants – je cite en dessous le passage intéressant – :

 » Comme le proclame la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, la liberté individuelle s’arrête où commence celle d’autrui. Et la liberté – sinon le devoir – du président de se déplacer sur le terrain pour expliquer ses réformes, de même que celle des nombreuses personnes venues le saluer ou l’écouter, méritent aussi d’être prises en considération. « 

 

 

Mais revenons sur ce que dit la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen :

Art. 4. –

La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.

 

Quels droits légaux, quelle liberté individuelle Nicolas Sarkozy aurait perdus à se rendre en Isère puis à Melun en présence de drapeaux et pancartes syndicalistes ? Le droit d’être entouré d’opinions politiques non contraires ? Le droit de faire une belle image pour le journal de 20h ? Pour l’Isère, c’était plutôt raté…

 

Quels droits légaux, quelle liberté individuelle les manifestants syndicaux ont-ils perdus ? Le droit à la liberté d’expression, peut-être ? Mais après tout, qu’est ce que la liberté d’expression en regard du droit à son Auguste et non perturbée présence ? Bien peu de choses, mes frères, en vérité je vous le dis : Sarkozy est tellement grand qu’il ne doit pas être interpellé avec de basses questions politiques, son droit le plus intime est de pouvoir draguer la syndicaliste sans être entouré de panonceaux et tracts politiques d’opposition !

De même, le droit le plus strict des gens venus le saluer est de pouvoir le faire sans cet arrière-fond rouge, ma foi assez anxiogène. Et cela mérite d’être pris en considération.

 

Bon, ben voilà où nous en sommes rendus après un an de présidence Sarkozy. Son chef de cabinet déclare ouvertement que le plus petit désir – faire une meilleure image télévisuelle au 20h de sa visite aux grévistes – de Nicolas Sarkozy est nettement plus important qu’un des droits fondamentaux de notre République – la liberté d’expression – , et tout le monde s’en branle, y compris Le Monde qui met la réponse en bas de page et sans y répondre.

Je ne sais pas si je suis plus attristé par l’état de l’Etat, ou par l’immense incurie des milliers de journalistes français qui pleurent sur leur sort. J’en oublierais presque que le PS est tout entier mobilisé pour de grandes batailles d’egos et de mots – libéral, pas libéral, politiquement ou économiquement, en France ou ailleurs, et bla et bla et bla… – et ne sera donc d’aucune utilité au citoyen pour les années à venir.

 

PS : j’ai eu l’occasion de lire Le Monde papier car il y a des tentatives de lancer le portage à domicile. Ils offraient donc le journal, même après leur avoir fait part de l’absence totale de chance que je sois intéressé. Sympa :-)
Par contre, je n’ai pas osé leur dire qu’à mon avis leur truc était mort-né vu les inintérêts divers du journal papier face au web.

PPS : Pour les milliers de journalistes français, on peut compter de notables exceptions, comme toujours, mais elles restent indiscutablement des exceptions au vu de la production globale de la profession…

PPPS : Et carton rouge à Aphatie qui, si dur avec certains – surtout les « petits » – , s’est complaisamment couché devant le Président qui a pu dérouler ses inepties habituelles.

 

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