Miscellanée de réflexions

[04-2008] Quand Barjavel avait vu juste : du poulet sans poulets

31 mai 2011 | Pas de commentaire

L’espèce humaine semble avoir une capacité infinie à me surprendre, surtout là ou je ne l’attends pas : ainsi, l’organisation PETAles fanatiques des droits des animaux qui se badigeonnent de sang et se mettent en barquettes – vient de proposer un prix d’un million de dollars pour qui arrivera à commercialiser avant 2012 dans plusieurs états américains de la viande synthétisée in vitro, on suppose par cultures cellulaires spécifiques. Bon, à priori ce sera plutôt pour 2015-2020 si on est réaliste, mais passons en revue les arguments évoqués, qui consistent essentiellement à vanter les conséquences d’un environnement totalement contrôlé, puisque de laboratoire :

Une sécurité alimentaire plus élevée, ce qui pourrait sembler vrai au premier abord, tout comme pour l’industrialisation de l’élevage au XXème siècle. Mais là, dans des conditions de laboratoire strictes, on risque deux problèmes similaires aux conditions d’élevage, mais amplifiés monstrueusement – tiens, ça me fait drôlement penser aux semences OGM – ; à savoir que la réduction totale de la diversité génétique des cellules et la production centralisée d’énormes volumes risque d’entraîner de grandes contaminations, et là ce n’est pas le troupeau qu’il faut abattre mais toute le production d’usines qui n’en doutons pas, seront gigantesques.

Ils mettent en avant un apport en nutriments meilleur, ce qui est tout a fait possible. Tout dépend de ce que l’industriel voudra, il pourra aussi faire une viande sans rien et juste le gout, ça reviendra moins cher. On retombe dans les mêmes travers que dans le précédent système – industriel – , mais avec un contrôle total. Faudra donc édicter des règles draconiennes.

La production sera moins polluante. Ce me semble l’argument le plus valable, en ce qu’une production totalement synthétique évite forcément toutes les logistiques de traitement des déchets animaux. Maintenant, pour pouvoir l’affirmer avec certitude, il faudrait mener des études sur un bilan environnemental entre la disparition des filières – qui impliquent de très nombreuses activités – classiques pour des filières d’approvisionnement « hors animaux ».

La viande synthétique sera plus humaine. Là, j’ai quand même comme un léger doute. Certes, la souffrance animale n’existe dès lors plus du tout, mais nous changeons totalement de monde, nous rentrons dans une dépendance à la technologie qui devient absolument totale puisqu’allant jusqu’à concerner l’élevage animal et le « simple » approvisionnement en nourriture de millions de personnes.

Mais revenons à mon titre. Un de mes livres préféré est Ravage, de René Barjavel. Ecrit pendant la seconde guerre mondiale, il décrit une société ultratechnologique – même par rapport à maintenant – qui sombre dans le chaos absolu suite à la disparition de l’électricité. C’est clairement un livre assez antitechnologique, mais qui est visionnaire dans beaucoup d’aspects de notre société contemporaine, sur le pouvoir médiatique par exemple. Une des images qui me marqua lors de ma première lecture – il y a une dizaine d’années – était le concept de viande produite en usine. Le genre de concept de science-fiction dont on se dit en le lisant « bien trouvé » avec un sourire.

L’autre chose qui m’avait marquée dans Ravage, tout comme dans le Cycle de Fondation d’Isaac Asimov, était la surspécialisation et le cloisonnement des activités qui entrainent en cas de grippage de la machine ou d’imprévus une incapacité totale à la réaction. Je rappelle par ailleurs que le Cycle de Fondation est fortement inspiré deL’histoire de la décadence et de la chute de l’Empire Romain d’Eward Gibbon en 1788, décidément l’histoire aime à se répéter…

Je comprends qu’on m’accuse de vivre dans le passé ou d’être réfractaire à la technologie, car effectivement ici on est loin des problèmes des semences OGM qui sont à court ou moyen terme ; mais disons que je trouve que c’est une pente dangereuse sur laquelle nos sociétés risquent de s’engager. En effet si la technologie apporte beaucoup de bénéfices, s’en remettre totalement à elle pour ce qui est de la production de l’alimentation de base des êtres humains me semble risqué en ces périodes d’incertitudes totales quand à notre avenir, notamment notre avenir énergétique. Sans même parler de la perte d’un savoir-faire vieux de 10 000 ans que nous pourrions perdre à long terme, ce que j’estime relativement fâcheux.

Enfin, ça me fait bien marrer de voir que c’est l’association de défense des animaux la plus extrême qui prône une solution pouvant à terme conduire à de graves problèmes pour l’espèce humaine, cela de manière judicieuse puisqu’intéressante pour les industriels, les scientifiques, et quiconque ne regarde pas trop loin dans le temps. Mais il est vrai que les animaux ne souffriront plus, vu que les espèces d’élevages disparaîtront, n’ayant plus d’intérêt pour le roi de la chaîne alimentaire sur la planète. On en reparle dans 10 ans, quand on pourra commander du steack de culture à l’Hippopotamus ?

 


Mise à jour – 18 mars 2009

Avec presque un an de retard, l’émission satirique américaine The Colbert Report a traité précisément de ce sujet, à l’occasion de l’autorisation par l’administration Obama des subventions fédérales pour la recherche sur les cellules-souches embryonnaires. Cette vidéo, je pense, fera rigoler les anglophones, et permet de voir des images de la présidente de PETA ainsi que l’aspect – peu engageant – des premières viandes de synthèse :

The Colbert ReportMon – Thurs 11:30pm / 10:30c
World of Nahlej – Shmeat
www.colbertnation.com
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The Colbert Report : World of Nahlej – Shmeat [17 mars 2009]

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