Miscellanée de réflexions

Sarkozy et le gaspillage d’argent public

8 janvier 2010 | Pas de commentaire

En gaspillant l’argent public on gaspille la peine du travailleur.

En gaspillant l’argent public, on se moque du mal que se donnent les travailleurs pour le gagner.

L’argent qu’on lui prélève, le travailleur l’a gagné avec sa fatigue. L’argent public, c’est l’argent des Français. Cet argent, moralement, on n’a pas le droit de le gaspiller parce qu’il a été durement gagné. Cet argent il faut le respecter, il ne faut le dépenser que pour ce qui est utile. Cet argent c’est celui de la solidarité, du service public, de la sécurité, de la santé, de l’éducation, de la recherche… On n’a pas le droit d’en gaspiller un euro, d’en détourner un euro.

Nicolas Sarkozy, candidat aux élections présidentielles,
Discours à Meaux, le 13 avril 2007

[Source : base “Discours 2007” de Jean Véronis]

Le candidat Sarkozy ne voulait pas gaspiller inutilement l’argent des travailleurs, il disait même à ce moment-là, et avec la force qu’on lui connaît, qu’on n’avait pas le droit d’en gaspiller un seul euro. Il avait en effet pris l’engagement, plus largement, de “changer les pratiques” quand aux dépenses effectuées avec l’argent public, dépenses qu’il expliquait être inconsidérées et qu’il imputait à de nombreux facteurs dont le gaspillage.

 

Cette semaine est paru un article dans Le Figaro, relatant l’invitation par la nouvellement ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie, de l’ensemble des ministres femmes du gouvernement, pour un déjeuner à son ministère le mardi 5 janvier 2009.

 

Entre autres faits passionnants relatifs à l’entente des invités, à de hautes réflexions sur la condition de femme au sein du gouvernement, mais aussi sur le menu de ce déjeuner ainsi que sur les qualités de “maîtresse de maison” de Mme Alliot-Marie (on attend le jour où Le Figaro nous vantera les mérites de maître de maison de tel ou tel ministre masculin) ; nous apprenions également à la fin de ce passionnant article que :

” La garde des Sceaux n’a pas non plus oublié d’offrir un petit cadeau à chacune : une bougie au thé vert de Baccarat. Mais, en cette période de disette budgétaire, un membre de l’entourage de la ministre tient à minimiser l’importance du présent : «Ce n’est pas un cadeau luxueux. Le prix de ce type de bougie est à peu près le même partout.» “

Il est amusant de constater, après un rapide appel à une boutique Baccarat (qui est une marque si peu luxueuse que ses tarifs ne sont pas disponibles en ligne) , que chaque “Bougie d’ambiance” parfum thé vert (fort jolie au demeurant) coûte la bagatelle de 62 € . Vous avez bien lu : 62 € pour de la cire et un fil dans un verre (en cristal, Baccarat oblige) .

 

Nous allons procéder par ordre : tout d’abord, ce ne serait pas “luxueux” car le “prix de ce type de bougie est à peu près le même partout” . Tout d’abord, ce “type de bougie” , soit des bougies parfumées dans un verre, coûte entre 5 et 15 €, comme par exemple celle-ci, celle-ci ou encore celle-ci. Certes, ce ne sont pas des verres provenant de la maison Baccarat, reconnue depuis presque deux siècles comme fabricant du verre et du cristal de très grand luxe.

 

Ensuite, si notre ministre de la justice voulait faire un tel cadeau à l’ensemble de ses collègues de sexe féminin lors de ce déjeuner, il lui était tout à fait loisible d’offrir cette ribambelle de bougies Baccarat sur ses deniers personnels, étant établi qu’un ministre gagne un salaire lui permettant tout à fait de dépenser cette somme. Nous ne sommes pas ici dans le cadre de la réception de dignitaires étrangers ou de la représentation de la République, qui ne peut certes se passer d’un certain faste. C’est un déjeuner semi-privé (même si largement publicisé) entre confrères du gouvernement.

 

Enfin, pour revenir aux bougies (soit-disant non luxueuses) offertes aux ministres conviées à ce déjeuner, nous considèrerons que tous les hommes et femmes politiques ont une fâcheuse tendance à confondre leur argent et celui de l’Etat, ce qui pourrait rendre bénin aux yeux de certains la dépense d’une centaine d’euros pour des bougies (c’est d’ailleurs ce qui est induit par la citation dans l’article de ce cher Figaro) . Nous rappellerons alors qu’un rapide calcul établit le montant total de la dépense “bougies Baccarat” à très précisément (en supposant que Mme Alliot-Marie ne se soit pas fait de cadeau) 682 € . Soit environ 4 500 francs, ce qui sera peut-être plus parlant.

 

Et ce n’est pas comme si le ministère de la Justice pouvait se permettre ce genre de dépenses, il suffit de lire les propos de Gascogne sur le blog de Maître Eolas pour s’en apercevoir, juge qui prenait comme bonne résolution en 2008 de “Couper mes post-its en 12 et cesser d’importuner le Greffier en Chef avec de basses questions matérielles” . Ou d’aller voir une comparaison avec les autres ministères de la Justice en Europe, la France en ce domaine étant au 37ème rang sur 45 pays considérés. 682 € dépensés pour des bougies, ce sont 682 € qui seront en moins pour nos juges, nos greffiers et nos prisons. Ces 682 €, “le travailleur l’a gagné avec sa fatigue” et préfèrerait peut-être qu’ils soient dépensés pour des activités plus utiles que la brève satisfaction qu’éprouveront les ministres invités par Mme Alliot-Marie.

 

Pour conclure, je dirais qu’on est en face de quelque chose de certes très habituel à ce niveau de fonction, pour une somme peut-être négligeable au regard des deniers de l’Etat, mais qui n’en est pas moins insultante pour les citoyens sous un gouvernement qui ne se prive jamais de fustiger la fraude de certains ou les dépenses excessives d’autres (des juges, par exemple, qui osent demander des expertises et des procédures qui aboutissent à dépasser le budget alloué pour celles-ci) . Et qu’après tout, après les dépenses somptuaires de la précédente garde des Sceaux, nous pouvions espérer un peu plus de mesure dans les dépenses d’un ministère chroniquement aux abois financièrement. On remarquera donc que le “gaspillage” des deniers publics, tant vilipendé par notre actuel président de la République lors de sa campagne, se porte extrêmement bien au plus haut niveau, rendant quelque peu malaisé certains discours voulant faire croire que l’efficacité économique est le maître mot des gouvernements Fillon I puis II .

PS : j’ai contacté le ministère de la Justice pour m’assurer que cette dépense en relevait bien (et obtenir éventuellement un commentaire) , comme Le Figaro le laisse entendre dans son article, et je n’ai (comme toujours, blogueur oblige) eu aucune réponse à ce jour.

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