Miscellanée de réflexions

La myopie fiscale des médias suisses

17 décembre 2009 | Pas de commentaire

L’actualité franco-suisse fut particulièrement riche aujourd’hui. On apprit en effet coup sur coup le refus suisse de signer prochainement (comme cela était prévu) un traité fiscal avec la France suite à l’affaire du “rapatriement” (du vol diraient les Suisses) de données concernant des milliers de mouvements d’évasion fiscale de contribuables français, puis la déclaration quasi-immédiate par les sénateurs Jean Arthuis et Philippe Marini de leur volonté de faire inscrire la Suisse sur la “liste noire” des paradis fiscaux élaborée suite au G20.

Comme on peut s’en douter, les médias suisses sont en plein emballement aujourd’hui. On peut par exemple lire l’article de Swissinfo intitulé “Crise franco-suisse : Paris pas près de céder” , et s’étonner de voir un passage tel que celui-ci :

“Deux logiques s’affrontent. En France, Eric Woerth, soldat zélé du sarkozysme, s’inspire des cas de l’Italie et des Etats-Unis pour tracer sa propre voie du «rapatriement fiscal». Les procédés de cet ancien auditeur, qui pratique volontiers l’alpinisme, notamment en Suisse, ne brillent pas par leur élégance.”

Donc, selon le journaliste, chercher par tous les moyens (en dehors de la rémunération des “indics” , supprimée depuis quelques années) à récupérer ce qui est normalement dû à un état par les contribuables et citoyens vivant sur son sol et profitant de ce qui est mis à leur disposition par ledit état serait peu élégant.

On se permettra de sourire devant une telle affirmation : là où on attendrait plutôt un profil bas de la part d’un pays dont les habitants savent parfaitement qu’ils jouissent de par leurs lois et leurs petite taille d’une position de parasite fiscal par rapport aux pays environnants (en particulier France et Allemagne) ; on se trouve face à des personnes qui sont outrées par ce jeu du gendarme et du voleur entre états fiscalement floués et paradis fiscaux reconnus.

On se permettra également de rappeler à ces chers Suisses, journalistes ou non, que ceux-ci sont bien mal placés pour donner des leçons d’élégance : quand la banque UBS va racoler le client américain directement sur le territoire des Etats-Unis pour lui proposer des mesures d’évasion fiscale, est-ce élégant ? Quand la Suisse signe juste le nombre nécessaire de conventions fiscales bilatérales (y compris avec d’autres paradis fiscaux) pour revenir sur la “liste blanche” établie lors du G20, est-ce élégant ? Quand la Suisse oppose depuis des décennies des fins de non recevoir aux administrations fiscales étrangères (ou pose des conditions tellement restrictives que l’efficacité de la lutte contre la fraude est réduite à peau de chagrin) , est-ce élégant ?

Faudrait voir à ne pas se moquer du monde non plus… que les Suisses considèrent viable d’être dans une position de parasite fiscal, très bien, mais que ceux-ci se croient également dans leur bon droit et poussent des hauts cris lorsqu’ils se font attraper la main dans le sac dépasse quelque peu les bornes de la bienséance internationale.

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