Miscellanée de réflexions

« L’ami Sarkozy » , pour les autres pays

30 juin 2009 | Pas de commentaire

D’une certaine façon et d’une façon un peu paradoxale, ce comportement [de Sarkozy envers les pays “amis”] installe une extrême fragilité dans la perception que les “amis” ont de l’engagement en leur faveur de Sarkozy. On peut considérer que les Russes, par exemple, ont certainement moins à se plaindre de Sarkozy par rapport à ce qu’ils en attendaient, que n’en ont les Israéliens; dans le cas russe, peut-être Sarkozy, n’ayant pas la licence de l’“amitié” hautement affirmée, mesure-t-il avec plus de circonspection ses actes et ses paroles, avec le respect de la souveraineté des autres, ce qui permet de progresser de façon beaucoup plus constructive. Le constat est alors une appréciation paradoxale du personnage: ce n’est pas du tout un avantage, dans le champ des relations internationales, d’avoir Sarkozy comme “ami”. Dans ce cas, on a surtout le cadeau d’une humeur fantasque et de l’absence de considération pour le cadre et les principes des relations internationales. Eh bien, c’est sans doute la façon de Sarkozy de perpétuer l’“exception française” ; on fait avec ce qu’on a.

“Remaniement ministériel? Sarko va-t-il virer le ministre israélien des AE?” ,
Dedefensa, 30 juin 2009

Iran et émeutes, la face médiatique

17 juin 2009 | Pas de commentaire

Lorsque Libération titre à propos de l’Iran “L’espérance brisée”, ou “Le rêve brisé”, ou une platitude du genre, du pur pathos pour la midinette du bar-tabac du coin, il se fiche de l’Iranien moyen comme d’une guigne ; seule lui importe l’angoisse qu’il éprouve devant tel référendum européen évidemment négatif, telle abstention évidemment massive aux élections évidemment démocratiques, telle vacance compromise par un tsunami ou un Katrina né du dérèglement du climat, tel effondrement de nos établissements financiers, telle montée du prix du pétrole, telle catastrophe du JSF (si l’on a entendu parler de la chose dans cette rédaction) ; peut-être, dans ce cas iranien, une belle petite “révolution de couleur” à Téhéran lui remonterait-elle le moral, au quotidien postmoderne?

“L’apport iranien à notre crise de civilisation” ,
Dedefensa, 17 juin 2009

Dans cet article, l’auteur remet les pendules à l’heure quand aux protestations iraniennes, à propos de la popularité (réelle) du président Ahmadinejad et surtout des (nombreux) prismes déformants des médias internationaux. Il en tire alors une audacieuse conclusion : cette frénésie médiatique internationale serait aussi un moyen de nous rassurer quand à la validité de notre modèle systémique, car si les iraniens en veulent encore (et rien n’est moins sûr que cela, tant la population iranienne dans son ensemble est différente de l’idée que l’on s’en fait ici) , c’est bien que ce modèle reste la seule alternative au chaos ou à la dictature.

Le FMI et les pays baltes

16 juin 2009 | Pas de commentaire

Voilà comment c’est en train de se dérouler. La Lettonie se fait emmurer pendant quelques mois via quelques milliards de prêts du FMI et de l’Union Européenne. En résultat, les pays baltes deviennent l’histoire d’hier – en attendant qu’ils reviennent sur le devant de la scène, bien sûr. Et nous avançons, comme je le craignais plus ou moins, et il est temps de se pencher à nouveau sur le Sud de l’Europe (pendant que l’Europe de l’Est se détériore suffisamment pour revenir à la une des journaux) . Je pense que les gens ne peuvent intégrer dans leurs têtes qu’un nombre limité de nouvelles.

Le systême tout entier de l’Union Européenne semble être en état de déni profond quand à ce qu’il se passe actuellement. Les marchés ont été concentrés sur l’Est, mais ils commencent maintenant à se réveiller à propos du fait que le Sud soit toujours là, et qu’en “maturant” cela donnera pour sûr une crise financière majeure. A ce point, les gouvernement grecs et espagnols vont réellement perdre le contrôle, à l’image de ceux de la Lettonie et de la Hongrie.

C’est une des raisons qui me font suivre la Lettonie de près. Ce qui se produit à l’Est est indubitablement un “essai à vide” pour ce qui va arriver au Sud. Toutes les mesures prises là-bas, de “l’austérité fiscale” comme un outil de relance, à la “dévaluation interne” par les déflations des prix et des salaires, sont au seuil d’être appliquées au Sud dans le but de restaurer la compétitivité des exportations et la croissance économique.

[…]

Les investisseurs sont clairement en train de se rappeler que la Grèce et l’Espagne existent toujours. Je suppose que nous allons maintenant voir la crise zigzaguer au-dessus de l’Europe, du Sud vers l’Est puis inversement, pendant que l’économie réelle allemande, située au milieu, recevra des coups à chaque fois.

Au même moment, à Berlin et Francfort, ils semblent être pour l’instant principalement inquiets du niveau du déficit américain. Il est étonnant de voir ce qui fait réagir les gens.

“Banking Problems In Europe Send The Whole World Running For Cover” ,

Edward Hugh sur A Fistful of Euros, 16 juin 2009

On retrouve dans cet article les problèmes économiques et financiers européens qui, bien qu’on n’en parle que (trop) peu, n’en ont pour autant pas disparu. Ainsi, les prêts du FMI à des pays baltes pourtant déjà très libéraux économiquement (selon des critères français) posaient par exemple comme conditions des licenciements massif ainsi qu’une réduction de plus de 40 % des salaires dans les emplois publics, accélérant drastiquement la déflation. On constate ainsi de manière tout à fait palpable comment les politiques conditionnées aux prêts du FMI purent se révéler dévastatrices dans nombre de pays ayant accepté cette “aide” …

L’Espagne et la Grêce continuent de voir tous leurs indicateurs exploser, avec notamment un taux de chômage autour de 15 % pour l’Espagne, et attirent à nouveau l’oeil des marchés. Marchés dont on se demande s’ils ne vont pas brutalement redescendre sur terre après les formidables offensives médiatiques menées ces derniers mois pour “réinstaurer la confiance” .

Nos élites politiques, elles, continuent tranquillement de ne rien voir. L’Allemagne refuse la nécessité criante de solidarité européenne depuis des mois, notamment d’aider sans conditions les pays de l’Est (et leur donner un peu plus que des piécettes et la “gouvernance” du FMI) ainsi que de permettre l’émission de bons par la BCE afin de soulager les pays de la zone euro (certes à ses dépens) . La France, elle, se repose sur son plan de relance et sur des banques qui arrivent pour l’instant assez habilement à ne pas se trouver sous le feu du doute (à l’inverse des banques allemandes, notamment) ; mais n’arrive ni à faire entendre raison à l’Allemagne ni à mettre en pratique d’une quelconque manière les dizaines de grands engagements (sur les paradis fiscaux, les salaires, les bonus, le double jeu des banques, la régulation, et j’en passe) pris par notre hyperactif président sur les scènes nationale comme internationale.

L’Iran et Twitter

15 juin 2009 | Pas de commentaire

J’ai épuisé la métaphore, mais je vois réellement la panoplie de sources dont nous disposons à propos de l’Iran comme un service de renseignement pour les masses.

Nous avons des renseignements humains fiables – de sources sur le terrain. Nous avons des analyses, mises à disposition par des types intelligents sous forme d’aggrégateurs. Nous manquons, hum, de renseignement électronique, mais Twitter est une forme de renseignement électronique, non ? Il y a beaucoup de désinformation là-bas [sur Twitter] , alors il faut faire attention à notre jugement de l’information.

[…]

N’assumez pas. Tout le monde assume que Moussavi a réellement gagné. Mais il y a des raisons de penser que l’élection était assez serrée – et qu’Ahmadinejad pourrait être en tête (il y aussi des preuves qui semblent solides, montrant que les totaux ont certainement été gonflés artificiellement) . N’assumez pas que les Ayatollahs qui apparaissent aux manifestations soutiennent nécessairement les protestataires. N’assumez pas que Khamenei parle pour le reste du Conseil des gardiens de la Constitution. N’assumez pas que le gouvernement iranien avait un plan pour contenir les manifestations – ni qu’il a un plan pour demain, dans dix jours, ou le mois prochain.

Cherchez des sources qui vont contre vos thèses. Sortez du pays et de votre zone de confort. Regardez, par exemple, ce que les agences de presse chinoises disent des manifestations (“Les perdants des élections présidentielles iraniennes de lundi, messieurs Mir-Hossein Mousavi et Mehdi Karroubi, sont apparus dans une voiture à un défilé important à Téhéran qui avait été déclaré “illégal” par les autorités, rapportent les télévisions locales”) .

“Follow The Developments In Iran Like A CIA Analyst” ,

blog de Marc Ambinder, 15 juin 2009

Article passionnant d’un journaliste du magazine américain The Atlantic. En dehors de ma citation, Marc Ambinder explique dans son billet comment se servir avec un minimum d’efficacité de Twitter pour rechercher de l’information en direct et en particulier à détecter les sources fiables ou sur place ; mais aussi, de manière plus générale, comment appréhender un énorme flux de contenus en quasi-temps réel à propos de la situation iranienne, en appliquant un scepticisme systématique aux informations et aux sources.

 

Billet concomitant sur l’autre blog : Deux facettes des protestations en Iran [15 juin 2009]

Mise à jour [16 juin 2009] : un groupe de blogueurs français a fait en profondeur ce travail de vérification puis de suivi des sources iraniennes sur Twitter, permettant d’éliminer le bruit et donc d’obtenir très rapidement des informations pertinentes. Toutefois, on voit à lire leur article sur l’expérience que c’est effectivement un travail très lourd, et même s’ils estiment que l’utilisation de Twitter a permis d’atténuer la répression en accélérant la diffusion de l’information au niveau mondial, on peut se demander si l’impact des plateformes de micromessagerie n’est pas quelque peu surévalué actuellement en ce qui concerne son intérêt hors de la sphère médiatique.

La bureaucratie européenne pour un Anglais

15 juin 2009 | Pas de commentaire

Bruno Waterfield, correspondant du Daily Telegraph à Bruxelles, pense quant à lui qu’“une forme unique d’étatisme du XXIe siècle a vu le jour”, qui permet d’“étendre les zones d’autorité tout en les restreignant à un monde fermé et privé de bureaucrates et de diplomates”. Concrètement, la majeure partie de la législation de l’UE est rédigée par des centaines de groupes de travail “secrets” mis en place par le Conseil de l’Union européenne. Ces institutions inconnues du public contournent les formes habituelles de devoir de justification démocratique.

Cette institutionnalisation de prises de décisions isolées entraîne inévitablement une baisse de la capacité des politiciens européens à motiver et inspirer les électeurs. L’abstention élevée n’est pas un problème de “présentation”, mais bien la conclusion logique du système européen marqué par des manœuvres politiques de coulisses. Dès lors, les dirigeants européens apparaissent davantage comme des bureaucrates que comme des leaders politiques.

“How EU bureaucrats are destroying public life” ,
Frank Furedi sur Spiked, 10 juin 2009
,
citation tirée d’une traduction de Presseurop

 

Si l’article original est extrêmement virulent à l’égard du fonctionnement des institutions européennes, l’auteur pointe dans ces paragraphes une cause majeure de cette forme administrative de l’Union Européenne. Une forme qui cache confortablement pour les élites nationales la nature profondément politique de ses décisions, nature qui exigerait une forme éminemment plus démocratique. Il pointera également dans son article la prééminence forte et quasi-totale de la Commission sur le Parlement, ainsi que l’inexistence visible d’une politique publique d’information sur les mandats des députés européens ou concernant les débats ayant lieu à la Commission Européenne (qui est toujours le centre de la “démocratie” européenne) .

Il est ainsi très étonnant que les rapports demandés par la Commission Européenne soient élaborés dans le secret (i.e. ils ne sont pas publics) , tout comme la liste des participants à ces rapports. Les débats présidant à la rédaction de ces rapports ne sont pas plus publics, ce qui est d’autant plus anormal qu’il est demandé dès le départ aux participants de fournir la bonne solution plutôt que de montrer les accords et les divergences politiques entre différentes solutions éventuelles. Cela supprime l’idée de choix politique beaucoup trop en amont.

 

J’avais traité il y a quelques semaines ce problème spécifique de la constitution des rapports pour la Commission Européenne, en partant de l’exemple du rapport européen sur la stratégie européenne en termes de logiciels informatiques ; rapport qui a fuité ces dernières semaines à plusieurs reprises et dans différentes versions, permettant de saisir la nature profondément politique des échanges entre contributeurs à ce type de rapport, et la nécessité subséquente de modifier les processus présidant à leur élaboration (le caractère public en étant un aspect majeur) : “L’Union Européenne, ou l’impossibilité de la démocratie dépolitisée…démonstration à travers l’analyse de la construction du rapport européen “Towards a European Software Strategy” « 

 

CGT et CFDT : un autisme proprement hallucinant

14 juin 2009 | Pas de commentaire

Hier avait lieu la énième “journée de mobilisation” de l’année décrétée par “l’union sacrée” syndicale. Comme on pouvait s’y attendre, ces rassemblements sont maintenant d’une faible ampleur. L’impression de syndicats qui refusent à tout prix la grève et interdisent à cette “union” la possibilité de peser politiquement est plus présente que jamais. La désaffection lors des “journées de mobilisation” est bien le symbole de leur magnifique échec, et les paroles de leurs dirigeants montrent que ces derniers se posent moins de questions que jamais.

Comme à l’habitude, les dirigeants des plus grosses centrales syndicales se sont exprimés abondamment dans les médias. Ils ont témoigné à cette occasion de leur flagrante incapacité à comprendre ce qui se passe chez ceux qui étaient venus aux premières manifestations nationales.

François Chérèque, pour la CFDT : “L’essentiel de cette journée, c’était de marquer le coup, de dire avant l’été, avant la rencontre avec le président de la République on doit aller plus loin, faire avancer les choses”

Voilà, François Chérèque est content, il a marqué le coup avant l’été. Pourtant, celui-ci n’a obtenu aucune concession générale de la part d’un gouvernement qui a intelligemment désamorcé les conflits dans les secteurs les plus “sensibles” . Rien depuis les piécettes accordées suite au 19 janvier. Quedalle. Ne doutons pas que Nicolas Sarkozy saura payer le patron de la CFDT de ses bons mots habituels lors de leur prochaine rencontre, et il aurait tort de s’en priver vu l’élimination préventive par Chérèque de l’idée même de grève, car les salariés le lui disent, à lui, que “ce n’est pas une grève qui règlera leurs problèmes” .



Bernard Thibault, pour la CGT : “C’est manifestement en dessous de nos attentes. C’est la cinquième initiative nationale, médiatiquement peu d’informations ont circulé et les centres d’intérêts étaient ailleurs. Il y a aussi le sentiment aussi que du côté syndical tout le monde ne parle plus d’une même voix, ce qui peut démobiliser.”

C’est presque mieux que la citation de Chérèque. Ainsi, c’est le manque d’unité qui serait la cause principale de la désaffection brutale des “journées de mobilisation” , sachant qu’en filigrane ce sont les syndicats partisans d’un durcissement d’un mouvement pour l’instant très mou – pour le moins – qui sont ici désignés. On retrouve là les paroles que la CGT de mai 68 n’aurait certainement pas reniées, elle qui déjà à l’époque crachait sur des étudiants et mouvements ouvriers désignés comme coupables de ne pas suivre les consignes et donc d’affaiblir le syndicalisme en le court-circuitant. C’est ce qu’on retrouve aujourd’hui, avec des syndicats désignés comme “peu solidaires” et risquant de mettre par terre tout ce bel édifice “unitaire” qui joue élégamment le rôle de cache-sexe de différences profondément politiques.

Point sur l’économie chinoise

13 juin 2009 | Pas de commentaire

Le déclin [ndt : des exportations chinoises] est le plus fort depuis que Bloomberg enregistre ces statistiques – 1995. […] les importations ont chuté de 25.2 % le mois dernier, en comparaison de la chute 23 % en avril. En sus, la Chine continue d’augmenter les bénéfices de sa balance commerciale (de 13.1 milliards de $ en avril à 13.4 milliards en mai) ; et il n’est pas plus clair pour moi que pour Brad [ndt : un autre économiste] de comprendre comment un pays ayant une balance commerciale positive peut être en train de lancer une poussée de la demande mondiale. D’ailleurs, les statistiques de ce mois de mai, loin d’apporter la preuve d’une accélération du “rétablissement” , continuent de montrer la croissance des faiblesses de la demande mondiale, j’en veux pour preuve ce qui provient d’Allemagne et du Japon.

Bien sûr, ces sont des chiffres d’une année sur l’autre. De mois à mois, les exportations semblent s’être stabilisées depuis le début de l’année, tandis que les importations sont indubitablement en hausse.

[…]

Ce qui compte n’est pas le fait que les importations augmentent, mais de savoir ce que sont exactement ces importations. Il y a des preuves substantielles montrant que la Chine est seulement en train d’accumuler des matières premières comme protection contre une future inflation. Ci cette image est correcte, alors la situation est intenable, comme l’est la hausse des prix et des indices des matières premières qui l’a accompagnée.

[…]

D’un autre côté, il y a eu en mai 38.7 % d’augmentation des investissements fixes (investissements immobiliers notamment) d’une année sur l’autre.

[…]

En fait, le volume des appartements vides dans le pays a atteint 91 millions de mètres carrés à la fin de l’année dernière, en hausse de 32.3 % par rapport à l’année d’avant selon les statistiques officielles. Mais ces nombres n’incluent ni les gros volumes de projets immobiliers terminés mais dont les propriétaires attendent que les conditions du marché s’améliorent avant de les y mettre, ni l’estimation de 587 millions de mètres carrés vendus ces cinq dernières années mais laissées vides par leurs propriétaires.

“Brad Setser Need Be Curious No Longer” ,

Edward Hugh sur A Fistful of Euros, 11 juin 2009

On entend ici ou , dans la lignée des “jeunes pousses” qui annonceraient la relance et un certain retour à la normale de l’économie mondiale, que la Chine montrerait des signes clairs en faveur d’un redressement de son économie (mais aussi de l’économie mondiale) grâce à la forte hausse de sa demande intérieure.

L’auteur apporte un cinglant démenti à cette vision, en répondant au passage à des confrères économistes qui exposent précisément certaines facettes des soi-disant relances régionale et mondiale de la demande par la Chine. Je recommande aux curieux d’aller lire ce billet sur Macro Man intitulé “The China Syndrome” , et qui montre graphiques des importations de matières premières à l’appui pourquoi il semble évident que la forte hausse enregistrée de la demande chinoise ne répond à aucune logique de consommation mais plutôt à du stockage de masse (en prévision de l’inflation selon Edward Hugh) . Il montre également que le boom immobilier chinois est lui aussi largement artificiel, notamment en citant directement des sources chinoises qui témoignent de l’ampleur de ce phénomène de bulle en éclatement à propos du marché immobilier de leur pays.

Pour ce qui est de la demande mondiale, les dernières statistiques sur l’Allemagne et le Japon (soit avec la Chine les trois grands pays exportateurs mondiaux de biens) sont, comme il est écrit dans la citation, toujours aussi mauvaises, ce qu’avait pointé l’auteur dans ces deux billets il y a quelques jours : “Green Shoots In Germany and Estonia ? ” le 9 juin ; et “No “Green Shoots” Here – German And Japanese Capital Goods Output Continues Its Fall” le 10 juin.

Journalisme & objectivité par dedefensa

13 juin 2009 | Pas de commentaire

[…] l’information est une guerre, ce que l’on savait depuis l’homme de Cro-Magon; mais, plus encore, bien plus encore et bien plus haut, à un niveau supérieur de la conscience et du jugement qu’on peut porter sur la situation du monde, il y a l’enseignement que la perception du monde elle-même est une guerre. Il ne s’agit pas, dans ce cas, d’un vice de l’esprit, d’un travers conscient du jugement, d’un artifice de propagande, mais bien d’une différence de perception comme nous disons. (Le vice de l’esprit, le travers du jugement et l’artifice de propagande se manifestent plus ou moins, selon les individus et les groupes, dans la façon qu’on présente sa propre vision du monde, qu’on la favorise et qu’on en loue les soi disant vertus.)

“La perception du monde aux enchères” , Dedefensa, 12 juin 2009

Dans cet article traitant d’un discours d’un éditorialiste néo-conservateur américain reconnu (et considéré comme capable de “développer une analyse sans se laisser aveugler par ses engagements politiques” ) à propos de la perception journalistique du monde, l’auteur de la revue en ligne Dedefensa en arrive à la conclusion partiellement citée ici. Il se réjouit que Charles Krauthammer tienne des propos qui disqualifient implicitement les idées d’objectivité et de perception Vraie – et qu’il désigne en particulier le secteur des médias, remise de récompense journalistique oblige.

Si le prisme de la lutte est certes clivant (c’est là où s’arrête l’usage du relativisme par notre auteur, qui s’inscrit dans l’idée que “l’intuition” pourrait dicter une conduite “juste” et qu’il faut donc tout faire pour la répandre puisque ce serait évidemment la “bonne” ) , il est ici pointé avec une grande acuité l’impossibilité fondamentale d’effectuer un travail d’information objectif et neutre, même en excluant les luttes d’influence. Cette impossibilité résulte du caractère humain, chacun d’entre nous percevant le monde de manière différente.

Comment, à partir de perceptions différentes, prétendre pouvoir produire des informations et analyses qui soient débarrassées de ces fondations ? Comment pouvoir refuser par principe la constatation de cette subjectivité pourtant ontologique de l’homme par les lecteurs ?

Pascale Robert-Diard ou le respect du sujet

13 juin 2009 | Pas de commentaire

A l’occasion du procès de Cécile Brossard pour le meurtre du banquier suisse Edouard Stern en 2004, on assiste depuis une semaine à une véritable débauche de sensationnalisme et d’exhibitionnisme journalistiques dans les médias francophones.

Pascale Robert-Diard, correspondante judiciaire au journal Le Monde, vient heureusement à la rescousse des lecteurs en publiant sur son excellent blog une série de cinq billets à propos de cette affaire fort médiatique. C’est un point de vue plus intimiste, mais paradoxalement plein de pudeur et de respect pour les protagonistes que la journaliste nous offre, et je vous invite à les lire si jamais vous vous étiez intéressé à ce fait médiatique : “Lever de rideau” ; “L’éternel mari” ; “Le “double meurtre” du banquier” ; “Cécile Brossard, la proie” et “Reconstitution du crime” .

En voici un extrait, à propos des témoignages (louangeurs au possible) des amis banquiers d’Edouard Stern :

“Mais, comment dire? De tous ces hommages univoques, sincèrement exprimés par des amis soucieux autant de défendre la mémoire d’un homme que de témoigner leur affection à son ex épouse, Béatrice Stern ou à sa fille Mathilde – présentes par intermittence à l’audience – il ne reste au bout du compte pas grand chose. Comme si, à vouloir trop bien faire, leurs mots lisses peinaient à émouvoir, dans cette enceinte, la cour d’assises, où rien n’est jamais tout noir ou tout blanc, tout bien ou tout mal, mais infiniment plus complexe.

Un lieu, justement, où un aréopage de banquiers ou de financiers peut défiler et parler de l’un des plus brillants d’entre eux, à moins d’un mètre du sac poubelle en plastique noir qui renferme la combinaison en latex dans laquelle il a été tué.”

La coalition en Afghanistan : des objectifs troubles

9 juin 2009 | Pas de commentaire

Je ne sais pas trop quelle est notre [NDT : les forces internationales] mission en Afghanistan. Nous sommes engagés dans une guerre de contre-insurrection mais nous confinons nos troupes dans de grands avant-postes fortifiés [FOB] , ce qui est en contradiction directe avec notre doctrine contre-insurrectionnelle. Nos troupes n’ont pas de contacts prolongés avec les afghans locaux, ne peuvent leur amener de réelle sécurité, et sont forcées de se déplacer dans de massifs véhicules blindés anti-explosifs [MRAP] à cause des politiques d’aversion au risque de notre Grosse Armée. Dans ceux-ci, ils sont exposés à des engins explosifs improvisés contre lesquels ils ne peuvent rien parce qu’ils ne contrôlent pas un mètre de terrain en-dehors de leurs FOB respectives.

Nous n’avons pas non plus la coopération du gouvernement afghan. Le président Karzai a réuni ensemble une coalition d’hommes de pouvoir afghans et va gagner les élections à venir. L’ONU et notre département d’Etat [celui des USA] peuvent faire tout le bruit qu’ils veulent à propos d’élections “libres et régulières” , ils seront inconséquents car ils restent dans leurs résidences de haute volée, isolés et désengagés. Comme je l’ai rapporté précédemment, l’élection s’est jouée à Dubai le mois dernier. Au passage, les Afghans n’ont aucune idée de ce que peut être une élection libre et régulière – ils n’en sont pas plus capables d’en organiser une que l’état d’Illinois.

Alors nous nous battons dans cette contre-insurrection en soutien d’un gouvernement qui nous met activement des bâtons dans les roues en ne coopérant ni avec les militaires internationaux, ni avec notre malheureux département d’Etat ou toute autre organisation essayant d’apporter paix, espoir, modernité et état de droit dans ce qui fut un fier et magnifique pays.

[…]

Vous ne pouvez contrer de bonnes tactiques avec la technologie parce que votre ennemi trouvera toujours des moyens de battre la technologie pour un millième de ce qu’il vous en a coûté de développer cette technologie. Vous entendrez encore et encore de la part de nos officiers commandants que les MRAP sauvent des vies. C’est de la merde. L’ennemi trouvera à un moment ou à un autre un moyen de transformer ces monstres en cercueils – ce qui sauve des vies est le fait que nos ennemis soient plus incompétents que nous. C’est une triste vérité : nous sommes capables de rester dans des FOB qui ne sont que de grosses boites ; de nous sentir concernés avec des projets aussi ridicules que virtualistes comme le “Management des eaux usées” qui n’auront jamais aucun impact sur l’Afghan moyen ; de gâcher des milliards de dollars et des centaines d’années d’heures de travail ; parce qu’aussi désorganisés que nous le soyions l’ennemi l’est dix fois plus.

“A Trip to Gardez and a Visit to the Marines” ,
Tim Lynch sur le blog Free Range International, 9 juin 2009

Ce blog est celui d’une petite société (éponyme) de mercenariat, qui accompagne depuis plusieurs années de petites équipes de reconstruction hors du circuit officiel (qui privilégie exclusivement les grosses structures) de ladite reconstruction en Afghanistan. Tim Lynch est américain et ancien Marine des Etats-Unis, il est patriote mais pour autant pas formaté. Ainsi, il se prononce résolument contre la stratégie employée depuis le départ par les troupes de l’ISAF, en prônant l’intégration des soldats dans la vie afghane, le rapprochement avec la population, l’emploi de cette population locale pour la reconstruction, et surtout la décentralisation de petits projets flexibles de reconstruction avec de petites équipes autonomes de civils et de militaires pouvant agir avec suffisamment de latitude pour comprendre les situations locales – je me permets une analogie forcément partielle et partiale : c’est ce pour quoi on a crée puis recréé la police de proximité en ce qui concerne la sécurité des personnes et des biens.

 

Exerçant leur métier “outside the loop” (“en dehors de la boucle”) , ces mercenaires donnent un point de vue ravageur mais lucide et d’une étonnante clarté sur les nombreux aspects de l’occupation de l’Afghanistan par nos armées. Ils nous racontent également les projets qu’ils accompagnent, nous permettant de constater de première main les différences entre les approches : actuellement, par exemple, eux accompagnent (et vivent avec au sein de la population) quelques ingénieurs civils et embauchent de nombreux afghans pour déboucher et essayer d’améliorer les canaux d’évacuation des eaux usées dans les villes afghanes, pendant que les équipes de reconstruction officielles de l’ISAF font dans des bases fortifiées des présentations powerpoint pour des projets inadaptés au pays (et qui ne se réaliseront probablement jamais) .

Sur le même sujet : “Plan Obama pour l’Afghanistan, chronique d’un échec annoncé” , traduction intégrale d’un article paru sur Free Range International, 2 avril 2009.

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